Avec la nomination de l’actuel président du Conseil des ministres polonais, Donald Tusk, à la tête du Conseil européen – le sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement des 28 Etats membres de l’UE, où il succède au Belge Herman Van Rompuy – «c’est la première fois qu’un des grands postes européens revient à un pays issu du processus d’élargissement de l’Europe de 2004», fait remarquer Le Monde.

A l’unisson de quasi toute la presse, enthousiaste comme rarement. «De plus, la Pologne est un des seuls pays de l’Union à avoir vu son économie progresser depuis la crise qui a débuté en 2008», ce qui représente un miracle constaté et loué depuis plusieurs années. «Le centre de gravité de l’Europe va donc clairement se déplacer vers l’Est.» C’est «un grand moment pour la Pologne», selon le Guardian. D’autant qu’avec la situation explosive en Ukraine, Bruxelles est vraiment «sous pression», lit-on dans l’éditorial d’El País.

Une réponse «idéologique»

La réponse à Vladimir Poutine est ici cinglante. «Idéologique», disent de concert le journal madrilène et le quotidien français, pour lesquels cette nomination représente «un marqueur vis-à-vis de la Russie. La Pologne est, avec les pays Baltes, sur une ligne dure vis-à-vis de Moscou.» Il apporte «l’énergie est-européenne», confirme la Frankfurter Allgemeine. «Effizient, liberal, europäisch»: la Neue Zürcher Zeitung se réjouit aussi de ce choix hyperprofilé. L’homme se dit évidemment prêt à collaborer avec la successeure de Catherine Ashton à la tête de la diplomatie, Federica Mogherini, qui fait, elle, les grands titres de la presse italienne comme le Corriere della sera.

Il va donc «falloir se mettre au polonais», plaisantaient les médias européens samedi soir. «Nasz premier, nasz prezydent» («notre premier ministre, notre président»): citée par France Inter, la Gazeta Wyborcza n’est pas peu fière, qui «regarde en arrière, en 1980, où un jeune étudiant d’histoire écoutait Lech Walesa à Dantzig. Qui aurait cru qu’il serait un jour à la tête de l’Europe? […] Il est difficile de ne pas être fier d’un pays», se félicite le journal de Varsovie, «qui s’est ainsi transformé en trente-quatre ans d’un état à la périphérie de l’Europe à l’un des six grands de l’Union».

Un engagement «sans faille»

Le nom de ce «pro-européen convaincu et partisan de réponses fermes à la Russie dans la crise ukrainienne, surenchérissent Les Echos, sonne comme celui d’un magnat américain de la finance ou des médias. Mais Donald Tusk ne parle pas un mot d’anglais. Ni de français d’ailleurs.» Mais son engagement pour Bruxelles est «sans faille». En Pologne, il détonnait «singulièrement avec l’euroscepticisme renfrogné des frères Kaczynski, ses ennemis héréditaires», qui ont «monopolisé le pouvoir» ces dernières années.

Il est clair qu’avec lui, «l’Union se renforce sur le front de l’Est», ajoute Libération. Ce «libéral affirmé, […] pragmatique avant tout, […] est le premier représentant d’une ex-démocratie populaire à occuper un poste d’un tel niveau». Il dit venir «d’un pays qui croit profondément à ce que signifie l’Europe, et la situation autour de l’Europe a changé de manière considérable, d’où notre besoin de personnes expérimentées». Malin comme un renard, il a d’ailleurs immédiatement cherché à rassurer David Cameron, le premier ministre britannique, en évoquant l’impossibilité d’un «Brexit», explique le Financial Times. Il «ne peut imaginer» l’UE sans le Royaume-Uni, dit-il.

Sportif et efficace

«Passionné de football, sportif, on le voit souvent dans un parc varsovien faire son jogging matinal». Et «c’est un homme politique très efficace, un homme de compromis avec beaucoup de charisme, alors que l’UE en manque», souligne l’analyste en marketing politique Eryk Mistewicz dans La Libre Belgique. Pour «sa vitalité et son énergie, certains le comparent à Nicolas Sarkozy», pense-t-il. Bon, ça… Reste qu’«il fait preuve d’une grande intuition politique». Il a su se «sortir des nombreux scandales et graves crises politiques impliquant ses ministres ou son entourage, les tournant à son avantage. Très bon orateur, aussi bien du haut de la tribune parlementaire mais aussi avec les gens ordinaires dans la rue.»

Comme les pachydermes de la politique, l’homme porte des armes impressionnantes. D’ailleurs, «tusk», en anglais, cela signifie bien «défense d’éléphant».

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