Conférence de conciliation

Données, c’est données, reprendre, c’est voler

OPINION. Les informations que l’on donne, vend et échange à notre propos ne nous appartiennent plus. Est-ce iconoclaste, dans un monde mû par la panique, de laisser des grandes sociétés nous connaître, parfois mieux que nous-mêmes?

Fathi Derder quittera le parlement cet automne. Il va me manquer. Et j’espère qu’il ne partira pas fâché. J’ai combattu et coulé une initiative qu’il avait déposée. Pour inscrire dans la Constitution la propriété de nos propres données. C’était en 2017. Il me parle encore. Il m’en parle encore.

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C’est un aveu. Si je suis parfois sceptique quant aux règles de protection des données, je ne crois pas que leur propriété nous revienne après les avoir livrées. J’y suis même opposé. A l’ère des cookies, je ne me sens pas détenteur des informations que vous avez reçues à mon sujet. Ce que je vous ai transmis, mes goûts, mes opinions, ne m’appartiennent pas. Ou plus. Avant l’époque barbare de la numérisation, cette question n’intéressait pas grand monde. Et la réponse était évidente. On n’est pas le propriétaire de ses données. Comme on perd la propriété de tout ce que l’on abandonne à des tiers.

Le big data n’y change rien

Je n’ai pas de droit de regard sur ce que ma voisine sait et pense de moi. Sur ce qu’elle enregistre à mon sujet. Les commerçants que je fréquente me connaissent: ils savent ce qui me plaît, mes habitudes. Il ne me viendrait pas à l’esprit de leur réclamer des comptes. De me rendre ce que je leur ai dit. Ou ce qu’ils ont pu constater par eux-mêmes. Et le big data n’y change rien.

En réalité, la protection des données a toujours été l’exception. Pas la règle. Le secret professionnel se réduit à quelques métiers sensibles. Les avocats, les médecins, les curés. Les banquiers. Des personnes à qui l’on se confie nécessairement au-delà du raisonnable. Et dont on attend une vraie discrétion. Après, si vous déballez votre vie à Noël, au bar d’à côté ou sur internet, au vu et au su de tous, ne réclamez pas encore des chartes de confidentialité. Et encore moins un article constitutionnel.

De l’e-nombrilisme?

La propriété de ses données, c’est un peu l’e-nombrilisme ultime. Se croire détenteur de droits sur la connaissance, le savoir, en main des autres. Dans leurs têtes. Dans leurs disques durs. Ma position est sans doute iconoclaste. Et le délicieux Fathi Derder me pardonnera peut-être. Mais on le répétait assez à l’école: données, c’est données, reprendre, c’est voler.


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