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Donner aux jeunes l’envie de voter

Comment promouvoir efficacement le vote des jeunes? Anja Wyden Guelpa, chancelière d’Etat du canton de Genève, présente les initiatives proposées par la Chancellerie

Donner aux jeunes l’envie de voter

Depuis quelques semaines, pas moins de deux conseillers fédéraux ont pris position en faveur de la promotion du vote des jeunes. Didier Burkhalter, président de la Confédération, a indiqué son soutien à l’idée d’abaisser l’âge de vote de 18 à 16 ans. Doris Leuthard, conseillère fédérale, a quant à elle déclaré qu’il fallait réfléchir à améliorer les outils d’information lors de scrutins fédéraux en utilisant les ­réseaux sociaux.

Ces idées trouvent un écho à Genève, où un projet de loi est actuellement discuté au sein du Grand Conseil visant à abaisser le droit de vote sur le plan cantonal à 16 ans. Le droit de vote à 16 ans suscite, depuis quelques années, un vaste débat en Suisse et, aujourd’hui, un seul canton sur les 26 offre cette possibilité au niveau cantonal et communal. Il s’agit du canton de Glaris, qui l’a acceptée lors d’une Landsgemeinde en 2007. La question de l’introduction du droit de vote à 16 ans a été également largement débattue au sein des parlements d’autres cantons, tels que ceux de Bâle-Ville, Berne, Fribourg, Lucerne, Uri ou ­encore Zurich. L’effervescence parlementaire autour de cette théma­tique démontre bien l’importance des enjeux liés à la participation des jeunes aux scrutins populaires. Rappelons que la dernière évolution concernant l’âge du droit de vote date de 1991, avec l’abaissement du droit de vote fédéral de 20 à 18 ans; ce seuil n’avait pas été révisé depuis 1848.

A l’instar de ce qui se passe dans les autres cantons, et autres pays européens de manière générale, la participation des jeunes Genevois, à savoir les 18-25 ans, est à chaque fois de 15 à 20 points inférieure à celles des électeurs plus âgés. ­Au-delà de la question de l’effet qu’un abaissement de l’âge de vote pourrait avoir sur la participation de cette catégorie d’électeurs, un constat s’impose: les modes de promotion du vote, et plus particulièrement la façon de commu­niquer, former ou sensibiliser la jeune génération à la chose publique, n’apparaissent plus vraiment adaptés à l’univers qui entoure les jeunes, ni à leur façon de vivre et de communiquer.

C’est sur ce constat de l’abstentionnisme des jeunes que la Chancellerie d’Etat genevoise a décidé d’initier deux projets novateurs. Deux impératifs sont au fondement de ces projets: 1) la «pédagogie» doit être active pour intéresser les jeunes; 2) le médium de communication doit leur être familier.

L’intérêt s’est tout d’abord porté sur le manque de perception concernant l’action publique. La Chancellerie d’Etat est partie du postulat que ce manque ne sera comblé que si les institutions sont incarnées par des personnes et sont donc palpables pour les jeunes. En effet, il faut partir de l’idée que les institutions politiques renvoient, de manière générale, une image très abstraite et peu attractive auprès des jeunes. La Chancellerie d’Etat a donc réfléchi à une manière de rendre ces institutions plus concrètes et vivantes aux yeux des futurs ­citoyens genevois. C’est en 2013, dans le cadre de sa mission de promotion des institutions politiques cantonales auprès du public, que la Chancellerie d’Etat a réalisé le projet pilote Institutions 3D, qui s’adresse aux jeunes habitants du canton. Ce projet Institutions 3D se compose de programmes à la fois pédagogiques et ludiques qui permettent aux élèves du primaire, du secondaire et du post-obligatoire de découvrir, dans le cadre scolaire, le rôle des trois pouvoirs que sont l’exécutif, le législatif et le judiciaire.

Une fois l’action publique expliquée et incarnée, il faut ensuite adapter le message au public concerné. C’est là qu’intervient le projet CinéCivic, qui se charge de le transmettre. Il faut que le médium choisi pour véhiculer les informations soit celui qu’ils utilisent dans leur vie quotidienne. C’est le fondement même de CinéCivic. L’ambition du concours CinéCivic est donc de donner la parole aux jeunes pour qu’ils parlent directement aux jeunes, avec leurs mots, leurs codes et leurs canaux de communication. Ce concours permet de recueillir des vidéos réalisées par les jeunes eux-mêmes, dans la perspective de leur donner l’envie de participer aux votations et élections. Forte du succès de l’édition 2013, qui a totalisé plus d’une vingtaine de films, la chancellerie d’Etat a décidé de la relancer en 2014 et a souhaité, cette année, renforcer la campagne de promotion en in­tégrant les jeunes à l’organisation même du projet. Des étudiants d’Espace Entreprise (EE) et du Centre de formation professionnelle arts appliqués (CFPAA) se sont impliqués dans la réalisation de cette initiative. L’objectif de CinéCivic est de faire passer un message clair aux jeunes sur l’importance et le poids de leur participation aux votations et élections, d’où le slogan CinéCivic 2014: «Prends le futur entre tes mains».

Le droit de vote des jeunes n’est pas qu’un thème d’actualité suisse. En effet, le Danemark, petit pays de près de 5,6 millions d’habitants, est confronté, tout comme les autres pays européens, à un taux d’abstention important chez les électeurs de 18 à 25 ans. Ce pays a récemment fait l’actualité en cherchant à contrer ce problème endémique par la mise en ligne d’une vidéo ayant pour but d’encourager le vote des jeunes aux prochaines élections européennes. Cette dernière a fait le tour du monde et force est de constater que les Danois ont adopté un style un peu plus «trash» que celui de CinéCivic… Je ne me permettrai pas d’émettre un quelconque jugement sur le contenu de cette vidéo, je remarquerai juste que cette action a permis de mettre en lumière ce problème, qui n’est pas propre à la société danoise.

Pour revenir aux récents débats autour de l’abaissement de l’âge du droit de vote, il m’apparaît important de souligner que ces derniers ne doivent pas occulter l’essentiel, à savoir que la participation aux décisions collectives des citoyens, et particulièrement celle des jeunes générations, est vitale pour la santé de nos institutions démocratiques. Que l’on ait 16 ou 18 ans ne jouera sans doute pas un grand rôle si l’on n’a pas été sensibilisé à la chose publique. Il faut donc que les modalités de formation et d’information soient adaptées à leur réalité. Cependant, loin des clichés souvent véhiculés sur les jeunes, il apparaît que ceux-ci se révèlent d’une grande créativité, comme l’a démontré la première édition de CinéCivic. Pour illustrer mon propos, je vous invite à le constater par vous-même en vous rendant sur le site www.cinecivic.ch.

Pour communiquer avec les jeunes, il faut employer un médium qui leur soit familier

Chancelière d’Etat du canton de Genève

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