Conférence de conciliation

Donner un nom à la tragique réalité des migrations en Méditerranée

OPINION. Samedi, sur le bateau humanitaire qui a enfin pu accoster en Italie pour débarquer 82 personnes, une migrante, soulagée, a été citée dans la presse. Son nom s’est diffusé dans le monde entier. De quoi rappeler que l’anonymat des victimes justifie trop souvent l’inaction

En nommant, on donne une existence. On sort d’une actualité qui nous dépasse pour distinguer les contours d’une réalité individuelle. L’histoire devient concrète. La tragédie en Méditerranée a d’abord été anonyme. Depuis 2015, on a laissé mourir près de 15 000 personnes, englouties par les flots d’une mer devenue cimetière. La plupart d’entre elles n’ont pas été identifiées, et c’est devenu tristement la règle quand on parle de migrantes et de migrants.

Une ONG a ainsi établi une liste des migrants morts depuis 1993 sur la route de l’Europe. Dans la colonne «nom, genre et âge», l’abréviation la plus récurrente est «N. N.». Nomen nescio. Mais au gré des annonces de naufrages et autres nouvelles de la mer, des noms sont repêchés et diffusés. Ce sont d’abord ceux des personnes qui s’engagent. Il y a Cristina Cattaneo. Médecin légiste italienne, qui scrute minutieusement les cadavres retrouvés pour les identifier. Rigoureuse et appliquée, elle donne un nom à inscrire sur la pierre tombale et des réponses aux proches en deuil.

Des bateaux personnages

Il y a Carola Rackete. Capitaine de 31 ans qui, aux commandes d’un navire humanitaire, a accosté à Lampedusa pour débarquer 40 migrantes et migrants secourus, malgré l’interdiction du gouvernement italien et la salve de vilenies déversées par Matteo Salvini sur les réseaux sociaux. Il y a l’Aquarius, Sea-Watch, Ocean Viking, et d’autres. Des bateaux affrétés par des ONG aux noms si évocateurs qu’ils en deviennent des personnages. Ils naviguent en Méditerranée pour porter assistance aux personnes en détresse. Ils s’érigent en rempart contre la forteresse Europe et le cynisme, en portant haut le pavillon de la solidarité.

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De l’autre côté, il y a Myriam Annie Malang. «One of the migrants.» Son nom a résonné ce samedi, cité par un média et repris en ping-pong par la presse du monde entier. On sait d’elle qu’elle fait partie des 82 rescapés secourus par S.O.S. Méditerranée à bord de l’Ocean Viking qui ont enfin pu poser le pied sur la terre italienne. Quelques noms qui mettent des visages sur cette réalité méditerranéenne.

Mais nommer cette réalité ne suffit pas encore à la transformer. Devant ces histoires individuelles, les politiques doivent enfin changer la grande histoire, avec des décisions. Ne pas raconter, mais agir. Avec le courage de Cristina Cattaneo, Carola Rackete et Myriam Annie Malang.


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