Opinion

Donner un nouveau sens à l’engagement citoyen

Il faut tirer profit des opportunités offertes par les dernières avancées technologiques pour renforcer l’engagement politique de la jeune génération, plaide Keyvan Ghavami, qui intervient ce soir à l'Open Forum de Davos

Notre époque est marquée par une instabilité et une incertitude croissantes. Nous faisons face à des crises aux conséquences internationales, à l’hyperconnectivité d’un monde globalisé qui rétrécit les distances tout en accentuant les inégalités et à une montée du populisme. Face à ces enjeux, la jeune génération en Suisse peine à se positionner. Elle se sent à la fois très concernée, portée par ses ambitions et son idéalisme, et impuissante, submergée par l’ampleur de la tâche qui l’attend.

La Suisse est pourtant très privilégiée. Se targuant de sa démocratie semi-directe et de sa société multiculturelle, elle jouit d’une stabilité politique et d’une prospérité économique que les pays limitrophes lui envient. Revers de la médaille, la Suisse, et plus particulièrement sa population vieillissante, est aussi caractérisée par une relative inertie au changement, un manque de prise de risque, ainsi qu’une sensibilité accrue aux dangers qui l’entourent.

Crédibilité de l’Europe mise à mal

L’Europe, quant à elle, voit la crédibilité de ses partis politiques traditionnels mise à mal. Ces derniers sont emprisonnés par leur idéologie, élevant leur doctrine en vérité absolue et rendant le moindre compromis impossible à atteindre. Les politiques sont coupés des préoccupations de leurs citoyens, et ces derniers peinent à s’identifier aux valeurs et principes qu’ils promeuvent. Couplé à une corruption croissante et à un manque de transparence, un nombre grandissant de personnes a perdu foi en la démocratie qui se traduit par une baisse de la participation électorale, surtout auprès des jeunes citoyens.

La Suisse se différencie ici par son système politique pluraliste et participatif, ainsi qu’une certaine proximité du peuple avec les responsables politiques. Ainsi, le défi auquel fait face le pays relève plutôt d’un désintérêt et d’un manque de motivation de la population, surtout des plus jeunes, pour participer dans le processus politique.

Frustration des 18-35 ans

Ce sentiment est renforcé par une certaine frustration des 18-35 ans à l’égard de la classe politique suisse. Comme le démontre une enquête récemment menée par le Forum économique mondial, les premiers facteurs de cette frustration sont la bureaucratie et les barrières administratives, le manque d’action et le manque de compréhension des citoyens. Le pays est également confronté à un manque de représentativité de cette génération au sein de ses institutions politiques, où seul 1,5% des membres du Conseil national ont moins de 30 ans, et aucun au Conseil des Etats. La Suisse peine ainsi à prendre en considération les demandes et revendications des jeunes pour répondre de manière adéquate aux sujets qui les affectent directement, tels que l’entrée dans le marché du travail, le chômage ou encore l’environnement.

Dans un tel contexte, nous nous devons de tirer profit des opportunités offertes par les dernières avancées technologiques pour renforcer l’engagement politique de la jeune génération. Transformant tous les domaines de la société, les nouvelles technologies modifient la manière dont les citoyens s’informent sur les enjeux d’intérêt public et la façon dont les partis communiquent avec leur base électorale. L’accès à une information libre et indépendante étant un des piliers du bon fonctionnement de la démocratie, les réseaux sociaux peuvent rendre cette information plus accessible et tangible pour les jeunes.

Nouvelles instances participatives

Des enquêtes en ligne pourraient également permettre aux politiciens de mieux comprendre la volonté populaire tout en répondant plus directement aux préoccupations de leurs citoyens. Alors qu’un mécanisme de notation électronique des politiciens pourrait assurer une meilleure transparence du processus tout en garantissant que ces derniers respectent leurs promesses électorales.

D’autres modèles d’échanges intergénérationnels pourraient grandement encourager l’engagement civique des jeunes générations tout en tirant profit des expériences et du savoir faire de chacun. Par exemple, l’instauration de nouvelles instances participatives pourrait faciliter la représentation des intérêts de la société civile et les échanges d’idées entre citoyens et experts. Ou encore la mise en place d’activités bénévoles obligatoires intégrées au cursus scolaire pour développer l’empathie des plus jeunes.

Ces initiatives sont essentielles pour remobiliser la population dans son ensemble autour du bien commun afin d’offrir un nouvel attrait à la politique et de redonner un nouveau sens à l’engagement citoyen.


Keyvan Ghavami, Président et cofondateur, Fondation Act On Your Future, et Global Shaper Genève, Forum Économique Mondial.

Ce texte reflète le message que l’auteur fera passer à la présidente de la Confédération Doris Leuthard et au public, ce jeudi 19 janvier à 18h30, lors du panel «Bridging Generational Differences» à l’Open Forum de Davos.

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