Il y a trente ans avaient lieu des scènes d’une violence inouïe à Zurich. Au cœur de l’une des villes les plus propres et prospères du monde, sur une place publique hors de tout contrôle, des individus mouraient d’overdose entourés de rats et de déchets.

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Rappeler la brutalité de ces images n’est pas vain alors que la ville de Coire, aux Grisons, se trouve en proie au spectre d’une scène ouverte de la drogue. Or le Stadtpark grison d’aujourd’hui n’est pas le Platzspitz zurichois d’hier: on est loin des quelque 3000 toxicomanes qui gravitaient à l’époque chaque jour autour de la gare de Hauptbahnhof. Et, à l’échelle de la Suisse, il représente plutôt une anomalie.

A Coire, le problème vient surtout du fait que les solutions existantes n’ont pas été exploitées à fond. On peut tirer un autre constat de cette situation: le sentiment d’urgence a quitté la Suisse. Zurich a retrouvé l’ordre et la propreté. Et en même temps, on y consomme de la cocaïne dans des quantités peu égalées dans le monde. Ce qui ne dérange personne, puisque c’est caché. Et normalisé.

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Pourtant, la situation actuelle, avec d’un côté des consommateurs criminalisés et de l’autre des organisations mafieuses qui s’enrichissent, n’a rien de satisfaisant. Spectaculaire dans les années 1990, la politique des quatre piliers, qui allie répression, réduction des risques, prévention et thérapie, ronronne aujourd’hui. Outil de gestion de crise, elle n’incite pas à revoir les politiques à la lumière des pratiques réelles.

Pourquoi faudrait-il sanctionner une personne qui consomme de la drogue?

Légaliser toutes les drogues: cette proposition détonne, en particulier venant du PLR, attaché à l’ordre et à la loi. C’est peut-être un calcul électoral de la part d’un parti qui cherche à rattraper les revers essuyés dans les villes au cours de ces dernières années. Mais cette idée, même si elle arrive sans doute trop tôt, a le mérite de bousculer les certitudes et de poser des questions de société dans un pays qui se borne aujourd’hui à agir en gestionnaire. Pourquoi faudrait-il sanctionner une personne qui consomme de la drogue? Comment traiter et réguler les stupéfiants de manière différenciée, en fonction de critères scientifiques sur leurs risques?

La réflexion autour d’une approche plus ambitieuse de la politique de la drogue, lancée avec l’autorisation des essais pilotes de consommation du cannabis approuvés par le parlement en 2020, ne fait que commencer. Elle prendra du temps. Le monde change et la Suisse, pour l’instant, reste campée sur ses succès passés. Il faut espérer que le message qui vient des villes alémaniques, habituées à une approche des drogues pragmatique, débarrassée de tabous, aura sur la politique l’effet stimulant d’une amphétamine.