Ce qui tient lieu de débat public sur la relation entre la Suisse et l’Union européenne est tombé dans l’indifférence et la confusion. L’opinion publique enregistre les déplacements de Mme Livia Leu, la secrétaire d’Etat et de son entourage à Bruxelles, les échanges épistolaires et les déclarations sans en mesurer l’enjeu. Le fait est que rien n’a fondamentalement changé dans le paysage politique suisse depuis le 21 mai 2021, date à laquelle la Suisse a rompu abruptement les pourparlers avec l’UE. Rien – ou si peu – n’a été tenté pour débloquer la situation. L’alliance des trois partis gouvernementaux (Le Centre, le Parti libéral-radical, le Parti socialiste), qui ont soutenu depuis toujours les projets du Conseil fédéral en matière de politique européenne, a été brisée. Le durcissement de la politique sociale rend impossible une solution au problème de la protection des salaires, qui soit conforme à la fois aux intérêts des syndicats et au droit européen. Face à l’initiative de l’UDC contre «l’immigration de masse» en 2014, le parlement avait su écarter les propositions du Conseil fédéral. Il a su trouver une formule créative, qui tenait compte à la fois des exigences de l’initiative et du respect de l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP). Dans le cas d’espèce, personne ne s’avance. Le Parti socialiste serait bien placé pour arbitrer la question. Il préfère lancer une nouvelle candidature à terme à l’adhésion, sans se préoccuper de la contradiction majeure que constitue en son sein l’opposition syndicale à la juridiction européenne.