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Isabelle Moret, Ignazio Cassis et Pierre Maudet.
© KEYSTONE/Jean-Christophe Bott

Chronique

Double nationalité: cherchez l’erreur!

Deux de nos papables pour le Conseil fédéral sont doubles nationaux, c’est un fait unique dans l’histoire récente. Le sujet occupe dès lors l’espace public: faut-il ou ne faut-il pas renoncer à sa seconde nationalité lorsqu’on brigue l’honneur de gouverner la Suisse? Le point de vue de notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton

Le 20 septembre, l’Assemblée fédérale élira le conseiller fédéral qui remplacera Didier Burkhalter, démissionnaire. Le favori tessinois, Ignazio Cassis, est né en Suisse d’un père italien et a obtenu, sur sa demande, la nationalité helvétique à l’âge de 15 ans. La situation de Pierre Maudet est proche. Il est Suisse par sa mère mais a reçu automatiquement le passeport tricolore de son père, français. A noter que tous les deux sont binationaux mais n’ont qu’une langue et une culture en partage, qui sont aussi celles de la Suisse. Enfin, tous deux se sont investis jeunes dans la politique de leur commune ou de leur canton, ont fait leur service militaire et y ont gradé puisque l’un est major et l’autre capitaine. Il n’y a donc aucun doute sur leur engagement citoyen, aucun bémol sur leur suissitude. Le débat devrait être clos.

Mais il se trouve qu’Ignazio Cassis, une fois désigné par son parti pour briguer la magistrature suprême, a trouvé préférable de renoncer à son passeport italien pour ne garder que son passeport suisse, alors même que la loi ne l’y obligeait pas. Cet acte personnel qui, en somme, ne manque ni de cohérence ni de loyauté, a soulevé une tempête de critiques acerbes. Pour de nombreux observateurs, le candidat tessinois a fait injure à l’honneur des binationaux. Il a foulé aux pieds la richesse intrinsèque des personnes aux origines multiples. Il a fait preuve d’un nationalisme étriqué, et même prôné indirectement l’épuration ethnique. Rien que cela!


Consulter notre dossier: Succession de Didier Burkhalter


Convention de Strasbourg

Cette exagération dans l’opprobre provient du fait qu’à l’origine, c’est l’UDC qui s’est montrée dérangée par la double nationalité des candidats. Dès lors, la décision des deux candidats a été interprétée comme une capitulation devant la principale force du pays, un aveu de faiblesse et le signe d’un opportunisme politicien pour gagner des voix. Pourtant, la Convention de Strasbourg, émanant du Conseil de l’Europe et datant de 1963, stipule que «le cumul de nationalités est une source de difficultés», et elle prône de «réduire autant que possible les cas de pluralité de nationalités». Même si les Etats contractants ont émis depuis plusieurs bémols à ce principe, toute acquisition d’une nouvelle nationalité (le cas d’Ignazio Cassis à 15 ans) devrait en principe conduire à l’abandon automatique de la nationalité d’origine. Rien de fondamentalement dérangeant donc dans sa décision. A bien y regarder, je trouve plus gênant le choix de Pierre Maudet de rendre «temporairement» son passeport français s’il était élu, car une nationalité ne saurait être fluctuante ni momentanée.

Il s’est dit beaucoup de bêtises au gré de cette polémique. La députée écologiste Lisa Mazzone, double nationale italo-suisse, a estimé qu’Ignazio Cassis envoyait le signal d’une incompatibilité entre l’identité suisse et italienne. Où a-t-elle été chercher cela alors qu’il s’agit essentiellement d’une question de transparence institutionnelle? La députée socialiste Ada Marra y est également allée de ses condamnations. Le PDC Christophe Darbellay a été encore plus fort sur les ondes de la RTS: «C’est pathétique de renoncer à son identité», comme si renoncer à une nationalité impliquait de renier sa culture ou ses origines familiales.

Cabale futile

On peut dès lors se demander si cette cabale futile ne cache pas de basses tactiques politiciennes. Pour le PDC, nuire aux deux candidats masculins aiderait l’élection d’Isabelle Moret, ce qui laisserait la place aux mâles du parti (Stefan Engler, Konrad Graber ou encore Pirmin Bischof) lors du remplacement annoncé de Doris Leuthard qui, sans cela, serait forcément dévolu à une femme. Pour la gauche, décrédibiliser Cassis, un PLR de droite qu’elle déteste, en l’inféodant malgré lui à l’UDC, c’est tout bénéfice pour ses combats futurs contre un Conseil fédéral majoritairement à droite.

Dès lors que chacun et chacune fait ses petits calculs, laissons calmement l’Assemblée fédérale faire son travail.

Dossier
Succession de Didier Burkhalter: l'élection d'Ignazio Cassis au Conseil fédéral

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