Au début de l’année, le directeur d’UBS Suisse faisait la tournée des rédactions. C’était la première fois qu’un si haut cadre de la banque aux trois clés franchissait les portes du Temps. Francesco Morra était fier d’expliquer avec quelle vigueur les affaires reprenaient en Suisse, notamment sur les crédits hypothécaires.

Restait pourtant une ombre au tableau: les sorties de fonds. Plus de 200 milliards ont quitté les coffres d’UBS dans le monde depuis la double crise des «subprime» et du scandale de fraude fiscale aux Etats-Unis. Alors que l’orage financier est passé, l’hémorragie se poursuit chez UBS. Cette défiance, Francesco Morra l’expliquait surtout par le raffut médiatique autour de l’affaire américaine. Pourquoi s’évertuer à ressasser ce passé, demandait-il, alors que l’avenir promet des jours meilleurs? Depuis cette rencontre, Francesco Morra a été remplacé par un ex de Credit Suisse.

Sa question reste pourtant, et Oswald Grübel ferait bien d’y repenser d’ici à mercredi. Pour gagner la confiance qui lui fait encore défaut, la «nouvelle» UBS doit avant tout faire le deuil de ce lourd passé. En ce sens, la proposition de décharge des anciens administrateurs défendue avec tant d’ardeur par l’actuelle direction est un piège tendu autant à ses actionnaires qu’à elle-même.

Comment croire en effet que les choses en resteront là? Pour l’heure, les anciens lieutenants de Marcel Ospel et consorts se taisent. Mais les cadavres ne resteront pas indéfiniment dans leurs placards. Comme Francesco Morra à l’époque, les actionnaires sont aujourd’hui pris en tenaille entre leurs intérêts à court terme, qui commanderaient de passer l’éponge, et la nécessité de régler les comptes. Or voter une décharge ne changera rien à ce danger: si elle ne fait pas la lumière de son propre gré – par exemple en rendant publiques les dizaines d’enquêtes internes qu’elle dit avoir menées –, UBS s’exposera pendant des années encore au risque de voir ressurgir ses anciens démons. Avec cette fois une autre conséquence: la «nouvelle» UBS se serait alors rendue coupable de complicité pour avoir tant cherché à protéger ses pairs.