Les socialistes s'étaient déchirés sur l'intégration des étrangers; ils risquent fort de se retrouver de nouveau à débattre dans la douleur de la sécurité et de la lutte contre la criminalité. Un thème qui comporte lui aussi une forte dose identitaire pour la gauche et sur lequel la direction socialiste propose désormais à la base du parti de prendre un virage en épingle à cheveux.

Les socialistes avaient fini par accepter sans joie l'idée d'un contrat d'intégration. Mais nul ne sait à ce stade si la direction du PS parviendra à faire avaliser les nouvelles orientations qu'elle propose sur la sécurité.

Une première tentative, il y a quelques années, s'était soldée par un échec. Le PS pense que le terrain est désormais plus favorable et que les esprits ont évolué, en Suisse alémanique surtout.

Mais l'exercice s'annonce de toute façon délicat, parce qu'il comprend inévitablement une part de reniement. Et parce qu'il risque aussi d'être ressenti davantage comme une concession au réalisme que comme l'expression d'une conviction profonde.

Longtemps, trop longtemps, le président du PS l'a reconnu lundi, le parti a pensé que l'insécurité se ramenait à un sentiment dont l'existence était due pour l'essentiel à un travail de propagande de l'UDC dont il convenait en conséquence de dénoncer le cynisme sans se lasser.

Cette attitude a eu pour résultat de laisser l'UDC occuper le terrain, d'autant plus que les nombreuses études réalisées, si elles ont débouché sur des résultats partiellement contradictoires, n'ont jamais permis de démontrer sans ambiguïté que l'augmentation de l'insécurité était un phénomène purement imaginaire.

Ce fut une erreur lourde de conséquences auprès d'un électorat qui jugeait que la sécurité de son cadre de vie quotidien se détériorait de manière incontestable et que cette évolution appelait des mesures. Cet électorat-là était populaire, il avait peut-être voté longtemps socialiste, mais il vote désormais davantage UDC, certaines communes de la périphérie zurichoise en fournissent une illustration éclatante.

Les corrections que propose désormais la direction du PS devront donc surmonter de lourds handicaps de départ. Leurs partisans peuvent néanmoins espérer profiter du fait qu'en matière d'insécurité, l'UDC a beaucoup parlé mais n'a pas forcément beaucoup agi.

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