On respire de nouveau après un été suffocant. Le Covid-19 circule sans inquiéter grand monde. L’inflation pourrait bientôt commencer à redescendre. L’Ukraine reprend le dessus. Voilà longtemps que nous n’avons pas eu le sentiment que l’avalanche de nouvelles angoissantes était en train de s’arrêter. Ou bien, est-ce simplement une accalmie avant une tempête pire que les précédentes?

L’été suffocant et les typhons et autres inondations catastrophiques devraient avoir convaincu les sceptiques: le changement climatique est en cours, il n’épargne personne et ça va être pénible. Même si toutes les mesures nécessaires sont prises demain matin, il faudra quelques décennies pour en savourer les bénéfices. Mais on n’en est même pas encore là, c’est encore le stade du bricolage et des demi-mesures. C’est distrayant de polémiquer sur la fermeture des piscines ou l’interdiction des jets privés, mais ce n’est qu’une distraction. Les autoroutes restent embouteillées, les voyages touristiques au long cours sont en pleine expansion, les centrales à charbon redémarrent, bref, les émissions de gaz polluants continuent à augmenter.

Contrées éloignées

C’est vrai que le Covid-19 est moins menaçant maintenant que la quasi-totalité des populations dans les pays développés a été soit vaccinée, soit infectée. Mais cela fait des mois que le sympathique variant Omicron domine. Un jour ou l’autre, un nouveau variant plus méchant pourrait prendre le relais, peut-être importé de contrées éloignées où le virus circule en silence, et mute. L’inflation va peut-être cesser d’exploser parce que les banques centrales se sont finalement résolues à se mettre au travail, mais il va falloir du temps pour en voir les résultats. Entre-temps, dès que le chômage va commencer à remonter, nous allons entendre quantité de bonnes raisons pour leur demander de se calmer. Quant à la guerre en Ukraine, nous avons assisté à l’accumulation de bévues incroyables de la part des autorités russes, mais les crimes de guerre n’ont pas ralenti. Ils nous rappellent que le pouvoir de nuisance de l’armée russe reste redoutable et que sa défaite est encore lointaine, à supposer qu’elle puisse être défaite.

En ce qui concerne l’économie, toutes ces inquiétudes ont un point commun: les gouvernements vont devoir dépenser beaucoup plus. La lutte contre le changement climatique est très coûteuse, faute de s’appuyer prioritairement sur une taxe carbone. Apeurés par le phénomène des Gilets jaunes et sous la pression des lobbies, les gouvernements sont en train de se résoudre à un pis-aller. Au lieu de décourager par l’impôt la consommation de produits carbonés, ils subventionnent la production de produits décarbonés. Au lieu de collecter des revenus, qui auraient pu financer des aides aux plus démunis, ils s’apprêtent à dépenser plus. Il en va de même avec le Covid-19. Il n’est plus question d’imposer des restrictions perçues comme des privations de liberté, il va falloir développer les services hospitaliers pour faire face à une succession de vagues.

Panoplie d’aides

Si l’inflation se révèle plus persistante qu’anticipé alors que le chômage augmente, les gouvernements vont se sentir obligés de protéger leurs citoyens contre les pertes de pouvoir d’achat. Déjà de nombreux pays ont mis en place toute une panoplie d’aides. En principe, elles devraient être finement ciblées sur les catégories les plus fragiles mais, faute de pouvoir être précises, elles profitent à tous, y compris ceux qui n’en ont pas vraiment besoin. Et ça coûte cher, très cher. Pour couronner le tout, l’invasion russe a convaincu l’Europe qu’elle devait dépenser plus pour être en mesure de faire face à un danger de guerre qu’elle croyait révolu, sans compter l’aide militaire et de reconstruction consacrée à l’Ukraine.

Aujourd’hui, ces lourdes dépenses seront essentiellement financées par l’emprunt. Comme presque partout, les dettes sont déjà bien élevées, un jour ou l’autre il va falloir commencer à en rembourser une partie, et ça passera sûrement par des hausses d’impôts. Désolé si je gâche votre bonne humeur de rentrée.

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.