Selon le site Philly.com, lorsque la police est entrée dans la maison de Lee Kaplan à Feasterville-Trevose, au nord de Philadelphie, suite à un appel anonyme d’une voisine qui s’inquiétait d’avoir vu des petites filles portant des vêtements traditionnels amish, elle a découvert une adolescente et ses deux filles, plus neuf autres petites filles dont on ne connaît pas exactement les âges qui vivaient au sous-sol et dormaient sur des matelas gonflables. Tout d’un nouveau scénario, sordide, de séquestration.

Selon USA Today, les jeunes filles étaient scolarisées à la maison et de nombreux instruments de musique (clarinettes, violons) ont été retrouvés sur place. Mais bizarrement, le Washington Post indique que beaucoup de gens semblaient soupçonner une étrange histoire chez Lee Kaplan, qui était le seul adulte vivant dans cette maison. Cependant l’idée éventuelle de le dénoncer paraissait taboue, parce que l’affaire était dès le départ liée à la religion amish. Ou juive, c’est selon. Du coup, le visage de Kaplan a fait le tour de la presse locale le week-end dernier, et l’on voit tout de suite ce que le spectateur lambda peut en déduire:

Une histoire décidément horrible, découverte grâce à une voisine, Jen Betz, qu’on a beaucoup entendue dire, ces derniers jours dans la presse américaine, qu’elle «savait qu’il se passait là quelque chose de pas clair», indique le New York Post. Mais, le choc passé, la police a naturellement commencé à interroger ce lundi ces 12 filles et fillettes, dont une adolescente qui avait été «donnée» par ses parents au propriétaire en guise de remerciement. Le Bucks County District Attorney, David Heckler, refuse naturellement d’en dire davantage pour l’heure, selon le site PennLive.

On ne saura d’ailleurs rien de plus, semble-t-il, avant le 2 août, date fixée pour la fin de l’enquête préliminaire. Mais en attendant, rien n’indique que ces pratiques de «dons» d’enfants fassent partie de la culture amish, indiquent les experts dans le Bucks County Courier Times. Sur ce, dans le brouillard le plus absolu qui couvre cette affaire, Daniel et Savilla Stoltzfus, 43 et 42 ans, ainsi que le propriétaire de la maison, Lee Kaplan, 51 ans – qui a eu deux petites filles, de 3 ans et 6 mois, avec l’adolescente aujourd’hui âgée de 18 ans – ont donc été arrêtés la semaine dernière et emprisonnés. Un journaliste local a d’ailleurs diffusé des images de leurs visages – on n’en dira pas davantage sur ce que le regard d’autrui peut là aussi en déduire:

Dans les détails, Daniel Stoltzfus a donc reconnu avoir offert sa fille, qui était alors âgée de 14 ans, à Lee Kaplan, «après avoir recherché sur Internet si c’était légal». Et déduit que ça l’était, le biais du point de vue sectaire ayant sans doute beaucoup aidé à cette interprétation. L’homme voulait ainsi «le remercier de les avoir aidés à éviter la ruine financière», après qu’ils ont quitté l’Eglise amish, – tiens, tiens, dit le Daily Beast – et «pu sauver leur ferme grâce à l’intervention de Lee Kaplan, qui leur a donné de l’argent».

Tout le monde est décidément bien généreux dans cette affaire… Il faut aussi savoir que les Stoltzfus, qui habitent Quarryville, à plus de 100 km de Feasterville, savaient que leur fille, qui n’a pas été identifiée par les autorités, avait eu deux enfants avec lui, précise la plainte qui a été déposée. Mais il faut savoir aussi – et c’est là que l’affaire se corse – que Lee Kaplan, dont le Haaretz israélien précise qu’il n’est pas amish mais juif et qu’il n’est pas marié à l’adolescente, est maintenant accusé notamment d’agression sexuelle sur mineure de moins de 16 ans et de corruption de mineurs. Ce qui semble logique.

Et les neuf autres enfants?

Cependant, le Times of Israel ajoute que «vendredi, des responsables de Bucks County essayaient toujours de comprendre comment les neuf autres enfants s’étaient retrouvées à vivre avec Kaplan», aujourd’hui «détenu contre une caution d’un million de dollars». Et l'«on ne sait pas s’il a eu des relations sexuelles avec une des autres filles». Mais surtout, il précise que les Stoltzfus avaient renoncé à la religion amish «après une lutte de plusieurs années contre les anciens de la communauté, selon une plainte fédérale datant de 2009 contre l’Eglise. Ils ont déclaré avoir été rejetés quand Kaplan les a aidés à garder leur activité de travail des métaux et la propriété sur laquelle leur maison était construite, parce qu’il était juif. La plainte avait été rejetée plusieurs mois après.»

Daniel Stoltzfus et son épouse sont également poursuivis pour «complot et agression sexuelle» et «mise en danger d’enfants». Mais voilà: faute de certificat de naissance, la police n’a pas encore établi avec certitude qui étaient les parents des neuf autres petites filles. Le couple Stoltzfus prétend, très étrangement, qu’elles sont à eux, mais sans preuve. Quoi qu’il en soit, cette histoire sent le trafic à plein nez, toutes les filles ont été confiées aux services de l’enfance, explique un reportage de CBS. Lequel relativise tout de même le polar monstrueux qu’en a déjà fait Le Nouveau Détective:

Rappelons utilement que les amish forment un groupe religieux qui refuse la vie moderne. Ils ont leurs propres écoles, parlent un dialecte d’origine germanique, portent des vêtements traditionnels, se déplacent en carriole à cheval et refusent pour beaucoup l’électricité. Ils sont environ 280 000 aux Etats-Unis.

Reste que pour le site Médias-Presse-Info, il y a tout de même un problème: «Au-delà de l’horreur, il apparaît que les médias» francophones, européens ou du Québec, «ne traitent pas du tout l’information de la même façon que leurs confrères américains ni même israéliens». On l’a vu, «du côté des médias américains et israéliens, Lee Kaplan est présenté comme juif. La version française de Times of Israel titre sans équivoque»: «Un juif détenu pour agression sexuelle d’une ado qui lui avait été donnée.» Et puis, comme par un tour de passe-passe, lorsque l’information arrive dans la presse francophone, «Lee Kaplan devient amish, comme les parents indignes» qui sont d’ailleurs d’ex-amish, on l’a vu aussi. Le Parisien titre: «Un amish poursuivi pour le viol d’une jeune fille qu’on lui avait offerte en cadeau.» Même chose pour L’Obs.

On pose donc la question: il s’agit sans doute d’une simple confusion, n’est-ce pas?