Musique  

«Downtown Boogie» meurt, mais renaîtra

Après dix-huit ans d’antenne, l’émission culte de hip-hop sera diffusée pour la dernière fois jeudi soir sur Couleur 3. Les internautes lui rendent hommage

«Downtown Boogie», c’est fini. L’émission dédiée à la culture hip-hop sera diffusée pour la dernière fois ce jeudi soir sur les ondes de Couleur 3. Ses animateurs, Dynamike, Geos, Jiggy Jones, Green Giant et Vincz Lee, lui ont concocté un enterrement digne de ce nom avec une quarantaine d’invités et deux heures de freestyle «comme à l’époque». Que les fans se rassurent, le hip-hop aura sa place dans la nouvelle grille horaire de la RTS, qui sera dévoilée le 22 août.

Emergence du rap suisse

En dix-huit ans, DTB s’est imposé comme le rendez-vous du rap, du lundi au vendredi à 22h. IAM, Joey Starr, Ja Rule ou encore Mobb Deep: des poids lourds de la scène française et internationale y tiennent le micro au fil des années. Du jamais-vu en Suisse. L’émission joue aussi un rôle de tremplin pour les rappeurs locaux. Le Vaudois Stress, à ses débuts, les Genevois MAM et Eriah, sans oublier, plus récemment, les remuants Makala, D-Meh et Slim-K. DTB, c’est aussi des soirées qui ont «enjaillé» toute une génération. Elles continueront.

Musique de niche devenue populaire

A l’origine, en 1999, l’émission est diffusée en direct. Les invités débarquent parfois à 40 dans les studios de La Sallaz. Ambiance freestyle. «A l’époque, le hip-hop avait mauvaise réputation, on s’adressait à une communauté d’initiés, explique Antoine Escoffey, alias Green Giant, dans l’émission depuis sa création. Aujourd’hui, c’est la musique la plus écoutée au monde.» L’enjeu? Promouvoir les artistes, mais aussi le mouvement hip-hop au sens large, des beatmakers aux producteurs, en passant par les compétitions de krump ou de break dance.

Son meilleur souvenir? La venue de Joey Starr en 2006. Connu pour ses coups de gueule, le rappeur français n’est pas réputé bon client. «On ne savait pas à quoi s’attendre, explique l’animateur. Il est arrivé, on a tout de suite commencé à parler musique. Il était dans son élément, étonnamment calme et ouvert. J’ai réalisé que l’image qu’il dégage est avant tout une construction des médias, un personnage.»

Lire aussi: Taille en vers hip-hop

Sur Twitter, les internautes font leurs adieux à leur émission préférée. «Une page qui se tourne… Hâte de voir ce qu’ils nous préparent pour la suite! Merci pour tout @DowntownBoogie!» s’exclame @ViloMusic. «Béni soit Couleur 3. Rien que pour toi je paie ma redevance avec plaisir», renchérit un internaute.

@_3Angle_, lui, en profite pour replonger dans les années 90: «DTB, c’était Nokia 5100 avec écouteurs planqués sous mon coussin pour filouter les vieux. Trop de bon son et trop de bons souvenirs! R.I.P.»

Au début des années 2000, DTB remplaçait encore Internet pour découvrir de nouveaux artistes et se tenir à la page. @Mista_Baron s’en souvient. «@DowntownBoogie a fait une partie de mon éducation musicale. Votre héritage sera préservé!»

Couleur 3 trop rangée?

Certains voient cependant d’un œil suspect le clap de fin. «Attention à ne pas trop muter en une radio trop «rangée», Couleur 3, ne démantèle pas ce qui a fait ta réputation ces dernières années…» commente Steph dans un article de 20 minutes. «Ça sent le roussi, ajoute Unzip. La planète bleue et maintenant DTB? J’espère qu’il n’y a pas d’autres émissions qui vont tomber et qu’ils vont continuer sur leur ligne actuelle.»

Nouveau départ

«Les émissions vivent et meurent, estime Green Giant. Il faut du renouvellement.» A quelques heures de la dernière, l’équipe n’est pas dans la nostalgie. «C’est un nouveau départ, le hip-hop sera même mieux mis en avant avec la nouvelle formule…» Avec «Quoi de neuf meuf?», sa chronique consacrée aux artistes féminines, Geos a déjà provoqué une petite révolution. «Les femmes sont sous-représentées dans le milieu, constate l’animateur, arrivé dans l’émission il y a deux ans. Leur donner la parole à l’antenne est un premier pas pour briser les stéréotypes de genre dans le rap.» Des perles? Les rappeuses K.T et La Gale ou encore les chanteuses Kami Awori.

Publicité