Devant les images insoutenables de la tuerie survenue à Damas, dégoût, impuissance et colère dominent. Le nouvel épisode du drame qui se joue en Syrie surpasse les bombardements quotidiens qui déciment les civils. Mais, face aux petits corps figés dans la douleur, empoisonnés par un gaz pernicieux, face aux cris muets de civils qui meurent étouffés, impossible de ne pas réagir. Ce qu’ont fait de nombreuses chancelleries en appelant à une intervention de l’ONU. Dans la foulée, les membres du Conseil de sécurité se sont réunis mais n’ont pu se mettre d’accord. Paralysie.

Derrière cette impuissance, et qui partiellement l’explique, la crainte de devoir mettre les pieds dans un inextricable bourbier. La peur aussi que l’après-Bachar puisse être pire que ce que l’on connaît aujourd’hui. La certitude que le gouvernement qui se laisserait tenter par une aventure militaire le payera cher, y compris dans les urnes. Mais, face à la gravité de la situation, et quels que soient les responsables de l’attaque chimique perpétrée mercredi matin, le monde peut-il rester silencieux?

Il ne s’agit pas seulement de faire respecter une intangible ligne rouge, mais plutôt d’éviter un embrasement régional incontrôlable. La menace, même ténue, d’une réponse ferme en cas de transgression de l’interdit chimique s’est muée en garantie de non-intervention.

Cela équivaut à donner un blanc-seing non seulement aux protagonistes du drame syrien, régime, opposants, djihadistes, Al-Qaida, mais aussi aux pays alentour. Le conflit syrien n’est plus une guerre civile en huis clos, dont les seules victimes seraient des Syriens. Il a débordé sur les pays voisins et sur la région.

Une intervention sans mandat onusien semble improbable et n’est peut-être pas souhaitable, mais la passivité est devenue inacceptable. Une impasse qu’il semble difficile de franchir. Que peut-on attendre de l’ONU désormais, sinon que l’organisation fasse, au moins, la lumière sur le massacre survenu mercredi. Trop de questions restent en suspens.