Charivari

Le droit de casser

OPINION. La France est un champ de bataille, et alors? La violence qui sépare les très riches des très pauvres n’est-elle pas, elle aussi, une indécence? Notre chroniqueuse brûle pour les «gilets jaunes»

Tu es fâché, tu te sens victime d’une injustice, OK. Mais tu ne dois pas casser tes jouets, la violence ne résout rien. Dis-nous ce qui te chagrine et on avisera. Vraiment? Peut-on vraiment continuer à tenir ces propos à nos enfants quand, on l’a vu, dans la mobilisation des «gilets jaunes», ce qui a commencé à faire bouger Emmanuel Macron, ce sont les violences? Plus précisément, la casse, parfois chaotique, parfois organisée, de biens publics ou de biens privés.

Voitures en feu, vitrines explosées, magasins pillés, monument national défiguré. Bien sûr, les morts accidentelles, les centaines de blessés et le pays bloqué par les barrages ont aussi compté. Mais ce qui a vraiment agi sur le gouvernement in fine, ce sont les destructions matérielles qui ont sidéré les métropoles et les beaux quartiers. Il y a eu, tout à coup, comme une grande peur sur la ville…

Les gentils et les méchants

Evidemment, les dirigeants se sont empressés de distinguer les gentils «gilets jaunes» des méchants casseurs. Les premiers étant des Français précarisés qui peinent à joindre les deux bouts et manifestent en toute légitimité. Les seconds, des excités qui saisissent l’occasion de tout rassemblement public pour semer la panique sans aucune préoccupation politique.

En plus d’être fausse, cette distinction est absurde. Le magazine en ligne Slate.fr, comme d’autres observateurs avisés, montrent bien que la colère est la même. Les deux populations s’insurgent contre l’indécente disparité économique qui sépare l’élite de la base. Ce sont seulement les moyens pour l’exprimer qui diffèrent. Et, franchement, vu le résultat, on ne peut pas dire que les insurgés version casseurs ont été dissuadés…

Une violence structurelle et invisible

Je n’aime pas la violence et je n’aimerais pas que ma voiture (déjà bien cabossée) prenne feu. Mais je comprends ces méthodes radicales. Je comprends que des personnes qui gagnent 1500 euros par mois voient rouge quand d’autres nagent dans l’opulence parce qu’ils ont hérité, placé ou spéculé. Ces actes violents, qui font mal aux citoyens et aux commerçants, répondent à une violence structurelle et invisible, analyse le sociologue Manuel Cervera-Marzal, auteur du livre Les nouveaux désobéissants: citoyens ou hors-la-loi?.

La solution? Repenser la société en termes de classe moyenne. La classe moyenne n’est pas une mollesse politique, mais le seul modèle qui tend vers un peu de décence et d’équité. Le nouveau roi de France ferait bien d’y songer. Sinon, ses sujets exaspérés pourraient bien lui casser tous ses jouets.


Chronique précédente

Tabassages nocturnes, quelles explications?

Publicité