Il aurait pu choisir Greta Thunberg, l’égérie de la lutte contre le changement climatique, ou l’Organisation mondiale de la santé. Le Comité du Prix Nobel a finalement jeté son dévolu sur le Programme alimentaire mondial comme lauréat du Nobel de la paix 2020. Si ce choix peut paraître a priori étrange, il se justifie pleinement.

Le PAM est au carrefour des très fortes tensions qui secouent la planète. Plus grande agence spécialisée des Nations unies, il montre, au-delà des critiques sur la bureaucratie onusienne, que son action sur le terrain est non seulement pertinente et efficace, mais qu’elle est aussi vitale pour des dizaines de millions de personnes à travers le monde.

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La pandémie assèche les chaînes d’approvisionnement

A l’heure où le multilatéralisme est battu en brèche par une Amérique déboussolée, le signal donné par Oslo est fort et sape la rhétorique des national-populistes prompts à vanter le repli national. Or le défi alimentaire ne sera relevé que par une mobilisation tous azimuts. Pour l’heure, les progrès sont largement insuffisants et l’objectif de «faim zéro» fixé par l’agenda 2030 de l’ONU semble bien lointain. C’est d’autant plus frustrant que l’agriculture mondiale est, disent les experts, à même de nourrir au moins 10 milliards d’individus. Mais il faut pour cela que les processus de distribution soient davantage équitables.

Un demi-siècle après les horreurs du Biafra, le fait de devoir encore parler de la faim comme d’une menace fondamentale pour l’humanité et comme une arme de guerre est révoltant. Récompenser le PAM en pleine pandémie de Covid-19 est opportun. Le coronavirus est en train d’assécher les chaînes d’approvisionnement, mettant en danger des millions de vies. Le PAM est aussi au front des catastrophes alimentaires exacerbées par le réchauffement de la planète et des guerres de l’eau qui s’annoncent.

Tout le poids de la lutte contre la faim ne peut toutefois pas reposer sur les épaules du seul PAM. Il est temps, au-delà de la nécessité de mettre fin aux conflits armés qui alimentent la famine selon un cercle vicieux dévastateur, que les Etats assument leurs responsabilités. En prônant le développement d’agricultures plus résistantes, des productions plus locales et surtout une lutte contre le changement climatique digne de ce nom. Sans quoi une humanité à 10 milliards d’individus pourrait devenir un enfer sur terre.