A Genève, près de 2000 bénéficiaires de l’Hospice général sont âgés de 18 à 25 ans. Derrière ce constat lapidaire se cache une réalité complexe, faite d’erreurs de jeunesse, de réveils amers et d’espoirs. A l’âge où leurs camarades prennent leur envol dans la vie ou sillonnent le monde, ces jeunes-là sont rattrapés par le filet social. Une situation difficile à accepter tant le sceau de l’assistance publique reste stigmatisant. Car non, l’immense majorité des jeunes bénéficiaires ne se délectent pas de leur sort, ils en souffrent. Le sentiment d’avoir touché le fond, d’être inutiles et de ne jamais s’en sortir: les mots sont forts dans la bouche de ces adultes en devenir qui abordent la vingtaine le moral plombé.

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Comment en sont-ils arrivés là? Certains ont mis du temps à trouver leur voie, d’autres ont fait les mauvais choix et paient aujourd’hui leurs erreurs au prix fort. Exclus petit à petit d’un système scolaire qui tolère peu les allers-retours, les hésitations, l’incertitude tout simplement, ils se retrouvent bloqués aux portes du marché de l’apprentissage, lui aussi de plus en plus exigeant, sans diplôme ni formation qualifiante. Un paradoxe quand on sait que les parcours professionnels, même de haut vol, se déroulent désormais rarement de manière linéaire.

Bombe à retardement sociale

Ces derniers mois, la presse s’est beaucoup penchée sur le blues des adolescents déprimés ou des universitaires, confinés dans leur résidence, en mal d’oxygène. Les «décrocheurs», eux, ont été une fois de plus oubliés, relégués à la marge d’un spectre qui ne prend en compte que les «actifs». Pourtant, ces jeunes ont, eux aussi, vécu la crise de plein fouet, voyant leurs multiples candidatures refusées, leurs rendez-vous balayés par les mesures sanitaires. Les ignorer, c’est nourrir une bombe sociale. Un jeune sans diplôme, incapable de subvenir à ses besoins, risque tôt ou tard de se retrouver à la charge de l’Etat.

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Aujourd’hui, Alexandre, Fritz et les autres méritent une seconde chance. Au-delà de leur volonté individuelle de prendre leur destin en main, des efforts sont nécessaires de la part tant de l’Etat que des entreprises pour permettre à ces profils de trouver une place dans la société. A Genève, le programme d’accompagnement développé par l’Hospice général et le canton va dans le bon sens, mais reste trop limité. Jusqu’ici, seule une poignée de jeunes ont pu en bénéficier et décrocher un apprentissage. Pour fonctionner, le pari de la formation doit être porté par une volonté commune forte. Avec la conviction que tout le monde a à y gagner.