Opinion

Pour le droit de vote des résidents secondaires!

Il faut envisager un scénario pour l’économie de montagne où le résident secondaire ne soit ni boulet ni vache à traire, mais devienne au contraire un acteur clef du renouveau économique, culturel et politique, estime l’architecte Patrick Heiz

Sorti de justesse d’une crise provoquée par l’arrêt de son télésiège principal (LT 29.08), la station valaisanne de Morgins aura toujours besoin d’argent mais surtout d’une vision durable pour assurer la survie de son offre touristique. Dans de nombreuses autres localités de montagne en Suisse, les perspectives sont similaires. Avec souvent ces «lits froids» qui ressurgissent, comme autant de fantômes de la stratégie économique d’hier, basée sur l’immobilier plutôt que sur le service.

Osons alors envisager un scénario pour l’économie de montagne où le résident secondaire ne soit ni boulet ni vache à traire, mais devienne au contraire un acteur clef du renouveau économique, culturel et politique. Quelles leçons peut-on alors tirer du cas de Morgins?

«Communauté de destin»

Le président de la commune voisine de Champéry constate que les habitants locaux forment avec les résidents secondaires une «communauté de destin» – entre 50 et 70% des logements! Comment intégrer cette majorité de citoyens à la vie et aux responsabilités de la commune? Comment utiliser les ressources financières de ces contribuables potentiels pour redéfinir ou renforcer les infrastructures qui seront nécessaires à l’avenir?

Augmenter les taxes de séjour jusqu’à 600% comme l’envisage Morgins? C’est se tirer une balle dans le pied et punir tous ceux qui, privés comme professionnels, s’engagent pour amener des clients dans la station. C’est renforcer un système de revenus passifs, basé sur le contrôle de concitoyens par des fonctionnaires.

Augmenter les taxes de séjour jusqu’à 600% comme l’envisage Morgins? C’est se tirer une balle dans le pied

Autre approche proposée par la commune voisine de Champéry: inciter des résidents secondaires à établir leur domicile principal sur son territoire. Voilà une solution qui ne fait que la moitié du chemin. Si elle améliore les recettes municipales, cette démarche va à l’encontre du principe même d’élection du lieu de domicile: on est censé payer ses impôts où l’on vit, un point c’est tout. Espérons donc que ceux qui se sentent réellement concernés le fassent déjà. Mais c’est surtout réduire les problèmes des communes de montagne à une simple question d’impôt. Ces localités ont justement besoin de faire vivre cette «communauté de destin» – et aucun bon plan fiscal ne résoudra cette question.

«Expatriés» communaux

Ce que nous proposons, c’est d’élargir radicalement la base politique et fiscale des communes soumises à des enjeux qui dépassent leur territoire. Pour faire coïncider l’utilisateur et le contribuable. Pour rassembler dans une même communauté les destins économiques et identitaires. Car intégrer les résidents secondaires au destin de leur deuxième commune – voilà le véritable enjeu.

Reconnaître ces résidents comme de vrais acteurs de la vie locale, comme des concitoyens à part entière avec des droits et des devoirs, voilà la solution. Mais si l’on veut pouvoir obtenir leur soutien, alors il faut leur donner en échange le droit de sanctionner. A l’image de la «cinquième Suisse» (env. 10% des concitoyens résidant hors du pays), changeons la carte politique, ouvrons de nouvelles perspectives et donnons le droit de vote communal aux résidents secondaires!

Si depuis 1992 les suisses de l’étranger peuvent voter au niveau fédéral (parfois même cantonal et communal), personne aujourd’hui ne conteste le droit de ces concitoyens expatriés à se prononcer sur les enjeux politiques de leur pays. Prendre en compte la voix de résidents aujourd’hui muets, voilà qui permettrait un changement radical de la culture politique locale. Pour être élu, le municipal devra sortir de sa zone de confort et s’adresser à tous les résidents. Expliquer, débattre, rassurer – au final convaincre d’être la bonne personne à qui confier les responsabilités d’un budget, d’un projet, d’une vision pour la commune et ses infrastructures.

Nouvelle péréquation communale

Plutôt que de «rapatrier» ses résidents secondaires pour remplir les caisses comme le suggère Champéry, le droit de vote des «expatriés» communaux invite à une nouvelle répartition des finances publiques. Chaque citoyen pourrait, par exemple, choisir de verser une partie de ses impôts «primaires» à sa commune «secondaire», tel un «don d’impôt». Etabli sur un principe volontaire, l’expatrié donnera d’autant plus qu’il sera convaincu par un exécutif qui aura su lui expliquer que sa contribution sera investie judicieusement pour toute la «communauté de destin». Et dans le même mouvement, cette péréquation communale ouvrira un débat nécessaire au niveau national sur la contribution des centres urbains au tourisme indigène.

Morgins et la vallée d’Illiez ont donc une occasion en or de montrer l’exemple. De devenir un modèle de collaboration entre acteurs locaux, nationaux et internationaux. En engageant un débat communautaire qui déborde de sa frontière communale et invite tous les acteurs présents sur place à contribuer activement à son destin. En créant un nouveau modèle de gestion d’une station où les résidents secondaires auront une voix qui compte.

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