éditorial

Droite française: double auto-sabordage

L’UMP disposait de deux candidats sérieux pour l’élection présidentielle de 2017. Dimanche soir, dans un vaudeville indigne, la droite française a grillé deux cartouches

Il leur a fallu moins d’une heure. Une petite heure de fin de journée électorale pour faire du premier parti d’opposition français la risée de la nation. Jusqu’à dimanche soir, 23h30, l’UMP disposait de deux candidats sérieux, susceptibles, selon la situation politique du moment, de défier François Hollande à l’élection présidentielle de 2017. Un senior, François Fillon: homme politique au parcours sans tache, trente ans de loyaux services à la nation, personnalité politique préférée des Français à même de rassembler à droite, au centre, voire à gauche, parmi les déçus. Un challenger, Jean-François Copé: impétueux comme Nicolas Sarkozy, ambitieux comme lui, débordant d’énergie, porteur d’une droite modernisée, décomplexée et sans tabou face au Front national.

Mais les deux hommes, incapables de brider leurs ambitions, se sont sabordés en pleine ascension. S’autoproclamant victorieux avant que la commission de contrôle de l’UMP n’ait validé les résultats, Jean-François Copé a mené un putsch indigne. Cette précipitation ne peut que le déconsidérer dans son camp. Par ailleurs, le maire de Meaux a entraîné son parti sur la pente vertigineuse de la scission, ce qui ne lui sera pas facilement pardonné. Il a également ridiculisé une droite volontiers donneuse de leçons de bonne gestion à ses adversaires. Ces comportements colleront longtemps au secrétaire général de l’UMP, même s’il a remporté le scrutin.

François Fillon est resté un peu plus digne dans ce vaudeville final. Dimanche, il n’a, certes, pas ­accepté la victoire de son rival. Il a riposté en annonçant la sienne, mais il a aussi conseillé d’attendre les résultats de la commission de contrôle. Il perd dans la douleur: l’ancien premier ministre à la stature d’homme d’Etat était censé s’imposer et remporter la présidence de l’UMP avec panache. Il se trouve affaibli à l’issue d’un scrutin contesté.

Alors que la situation de l’UMP rappelle la division des socialistes après le congrès de Reims en 2008, une hypothèse apparaît. Les deux adversaires de l’époque, Martine Aubry et Ségolène Royal, sont aujourd’hui marginalisées, en retrait de la vie politique nationale. Un troisième personnage, François Hollande, s’est imposé à leur place. A l’UMP, où les deux principaux protagonistes viennent de griller leurs cartouches, le jeu des pronostics d’un nouveau candidat pour 2017 peut commencer.

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