Lors des prochaines élections qui auront lieu en France et aux Pays-Bas, les partis d’extrême droite, malgré leur impressionnante progression, auront de la peine à l’emporter. L’une des raisons est sans doute qu’ils se présentent sous leur propre bannière, ce qui constitue une différence de taille avec les récents événements survenus aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni.

Donald Trump n’a pas créé une nouvelle formation politique; il a phagocyté le parti républicain, qui avait déjà pris un virage à droite sous la pression du Tea Party. Il a remporté la primaire républicaine en répondant à l’attente traditionnelle des électeurs de droite: baisses d’impôt, lutte contre immigration illégale et patriotisme exacerbé. Il a su capter les voix d’une partie des perdants de la mondialisation; il a parfaitement exploité la peur de l’islamisme radical et le rejet du politiquement correct. Parallèlement, il a su donner des gages à l’économie. Certes, son programme heurte de fronts les intérêts des entreprises de la nouvelle économie, mais son programme protectionniste et la promesse de grands travaux a tout pour plaire aux entreprises qui vivent du marché intérieur. Même à Wall Street, certains ont accepté de sacrifier le libre-échangisme en échange d’une promesse de dérégulation du secteur bancaire. Dès lors, la majorité des Républicains se sont ralliés, pour certains plus par souci d’assurer leur élection que par conviction.

Cacophonie en France

Au Royaume-Uni, c’est le référendum qui a conduit à une complète volte-face des conservateurs sur l’appartenance à l’Europe. Aux élections de 2015, Le UK Independence Party, le parti eurosceptique et anti-immigration de Nigel Farage, n’avait remporté que 12,6% des voix et un seul siège, à cause du système majoritaire. Tout s’est donc joué sur le Brexit. La campagne et le résultat du vote ont modifié le positionnement du parti conservateur. Sans être devenu pour autant raciste ou xénophobe, celui-ci affiche sans complexe son rejet de l’Europe, tout en restant favorable au libre-échange. Il limitera drastiquement l’immigration, celle en provenance des pays de l’Est en particulier.

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En France, tout se jouera lors des législatives. Tous les observateurs s’attendent, en cas de défaite de François Fillon, à une explosion des Républicains. Sous la houlette de Sarkozy, les Républicains ont repris, depuis une dizaine d’années, une partie du programme du Front national. Au deuxième tour des législatives, les Républicains devront choisir entre le traditionnel «Front républicain», l’absence de consignes de vote et un accord avec le FN. Cela promet une belle cacophonie!

Un poisson pilote nommé Genecand

Qu’en sera-t-il en Suisse? Le scénario à l’américaine n’est pas envisageable, en revanche, un rapprochement entre l’UDC et une large fraction du PLR est dans l’air du temps. Les deux partis s’entendent comme larrons en foire pour tailler dans les dépenses publiques, alors que la situation financière de la Confédération est parfaitement saine. Ils sont adeptes de la dérégulation et, signe inquiétant, le parti s’est coupé en deux sur la stratégie énergétique. Tôt ou tard, le peuple sera amené à se prononcer sur les accords bilatéraux, que ce soit sous la forme d’un contre-projet à l’initiative RASA ou d’une nouvelle initiative populaire de l’UDC. Le résultat sera serré, mais personne ne peut dire aujourd’hui dans quel côté la balance penchera.

En cas de succès de l’extrême droite nationaliste, la majorité du PLR adoptera un profil eurosceptique et plus rien ne distinguera vraiment les deux forces politiques. En ce sens, la sortie médiatique du conseiller national PLR Benoît Genecand contre la libre circulation, n’est pas anecdotique. Ce poisson pilote, en accord complet avec les thèses de l’UDC sur les autres grands thèmes de la vie politique, a pris date. Pour l’heure, personne ne sait si l’avenir lui donnera tort ou raison.

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