Opinions

Des droits à déclarer

Pour ses 60 ans ce 10 décembre, la Déclaration universelle des droits de

Pour ses 60 ans ce 10 décembre, la Déclaration universelle des droits de l'homme reçoit le compliment de la célébrité: elle est devenue le texte incontournable des relations internationales, celui qui fait couler le plus d'encre, qui motive toute la diplomatie publique et qui oriente les sympathies et antipathies entre les nations. En Occident, il est la référence politique et morale commune. Ailleurs, il est souvent vu comme l'instrument d'un impérialisme culturel et politique auquel il s'agit de dénier son caractère d'«universel». Dans tous les cas, il est au centre de la scène.

En 1948, la Déclaration inventait un système: c'était la première fois que des Etats acceptaient de déléguer la promotion des droits de l'homme - affaire jusqu'ici domestique - à une organisation internationale. L'idée prévalait alors que la protection et la promotion des droits et libertés de la personne remédieraient aux conditions de misère morale qui avaient permis le pouvoir de Hitler. Eduqués et respectés, les hommes ne se feraient plus la guerre.

La logique libérale de la Déclaration déplaisait fort à l'URSS communiste, qui la ratifia en se bouchant le nez jusqu'à ce que les dissidents s'en emparent comme d'une ressource spirituelle. Sur la lancée, la diplomatie occidentale en fit en 1975 une condition de la signature des Accords d'Helsinki pour la détente en Europe. Le jumelage entre les droits de l'homme et la paix retrouvait tout son lustre: il ne pourrait y avoir de coopération qu'entre des hommes et des sociétés libres.

Mais qu'est-ce qu'un homme libre et qui est habilité à protéger sa liberté? Malgré l'unanimité de façade, le débat n'a jamais cessé.

Le principe d'une liberté humaine fondamentale est attaqué aujourd'hui par trois forces qui font souvent alliance: par l'islamisme, pour qui - comme pour le Vatican avant Jean XXIII - il ne saurait y avoir de liberté religieuse ou de liberté tout court hors de la communauté des fidèles rassemblée derrière ses prêtres. Par les Etats autoritaires, prompts à placer la priorité nationale avant les droits des citoyens. Et par les Etats voyous, tyranniques ou faillis, où n'existe aucun droit.

Ensemble, ces forces sont puissantes. Mais pas assez pour tuer l'idée très ancienne mais toujours jeune que les hommes ont des droits à déclarer d'une façon ou d'une autre. öPages 2, 5, 16, 17, 35

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