La Commission des droits de l'homme des Nations unies est une chance. Elle permet, chaque année, à des centaines d'organisations non gouvernementales de venir battre le pavé à Genève, et dans les couloirs du Palais des Nations, pour rappeler aux diplomates et à leurs gouvernements l'état des libertés bafouées dans le monde. C'est le paradoxe de ce forum: discrédité comme instrument politique d'un quelconque changement, pressions diplomatiques et raison d'Etats obligent, mais indispensable levier pour tous ceux qui consacrent leur énergie à lutter contre l'oppression. Idem pour la quarantaine de rapporteurs spéciaux de l'ONU: sans budget pour travailler, totalement tributaires du bon vouloir des Etats dans lesquels ils sont supposés enquêter, ces universitaires ou autres juristes sont, sur le papier, la caricature d'un système uniquement capable d'accoucher de rapports. Et pourtant: la ténacité de certains d'entre eux, comme le rapporteur spécial sur la torture Theo van Boven, qui n'a pas hésité à s'en prendre aux Etats-Unis, parvient à sauver l'honneur de leur fonction. Et, par conséquent, de la commission devant laquelle ils se retrouvent chaque année à plancher.

L'heure est venue, entend-on, pour celle-ci de se réformer. C'est une excellente chose. La Suisse, qui posera sa candidature en 2006 pour intégrer le club des 53 pays membres de la commission, a déjà commencé à réfléchir sur son futur statut, et sa future composition. L'institution fondée en 1946 y gagnera sans doute en efficacité. Mais il ne faut pas se leurrer: tant que son principe de base sera de faire juger des gouvernements par d'autres gouvernements, tant que ses chevilles ouvrières demeureront des diplomates frigorifiés à l'idée d'embarrasser leurs capitales respectives, la Commission des droits de l'homme de l'ONU accouchera plus de frustrations que de réelles avancées démocratiques. Il en va de ces sessions annuelles de six semaines, sur les bords du lac Léman, comme des assemblées générales des Nations unies à New York: rien ne perce tant qu'un consensus politique minimal n'a pas été obtenu. Or ce consensus, on le sait, a toujours un prix.

C'est en dehors des murs du Palais des Nations qu'il faut donc également agir. Les organisations non gouvernementales l'ont compris. Elles empêchent, par un habile et bruyant travail de lobbying, que les droits discutés à l'intérieur de l'enceinte de l'ONU ne soient trop déconnectés de la situation sur le terrain. A Genève, le Festival international du film des droits humains, qui se veut une tribune libre alternative, joue aussi, modestement, ce rôle. Les images des documentaires présentés rappellent les Etats, sinon à leurs obligations, du moins à la réalité. Il n'y a pas de droits sans hommes et pas d'avancée des libertés sans une bonne dose de révolte. Au sein, mais aussi, surtout, en dehors du système.

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