Opinion

Les droits humains sont en danger, il est temps de les défendre!

Le grand retour des nationalismes mine les valeurs fondamentales liées aux droits civils et marginalise ceux qui les défendent, met en garde Léo Kaneman, fondateur du Festival du film et Forum international des Droits humains qui célèbre cette année son 15e anniversaire à Genève

Quinze ans! Nous célébrons aujourd’hui le 15e anniversaire du FIFDH que j’ai fondé en 2003, au cœur de Genève, en élaborant le concept d’une double démarche, à la fois artistique et politique qui a démontré sa pertinence et qui continue à être appliquée.

En articulant 7e art et débat durant quinze ans, le FIFDH offre la parole à ceux qui luttent concrètement sur le terrain pour le respect de la dignité humaine afin que nous soyons informés, sensibilisés et mobilisés. Nous avons dénoncé le relativisme qui mine la générosité des valeurs universelles. Pourtant des politiciens respectables se sont fait piéger par la realpolitik. Il serait temps qu’ils se ressaisissent et redonnent la priorité aux droits fondamentaux au lieu d’accepter lamentablement les raisons d’Etats qui seront la mort de l’universalité et la victoire du nationalisme le plus primitif.

L’avènement des dirigeants autoritaires

De nos jours, nous faisons face à un reflux général de la sensibilité humaine et à un recul des démocraties. Les bouleversements mondiaux auxquels on assiste impuissants placent de plus en plus des dirigeants autoritaires à la tête de pays pourtant démocratiques. Comme l’écrit Kenneth Roth le 12 janvier 2017: «La montée du populisme pose une menace dangereuse pour les droits de l’homme… divers politiciens cherchent à acquérir le pouvoir en Europe en appelant au racisme, à la xénophobie, au nativisme [anti-immigration, ndlr] et à la misogynie.»

Dans un contexte géopolitique anxiogène, la force de nos valeurs séculaires s’est érodée en ce début du XXIe siècle et les conséquences se reflètent dans l’actualité quotidienne. Fin des illusions! Le fascisme, pourtant vaincu au XXe siècle, peut renaître de ses cendres, et, contrairement à ce qu’on a cru, «l’histoire ne bégaie pas, elle se répète». Guernica s’actualise avec les bombardements de l’armée syrienne et russe à Alep qui perpétuent, selon Amnesty International, une «politique d’extermination» du régime syrien commencée en 2011. La communauté internationale savait et elle n’a pas pu empêcher ces crimes.

Déclin des valeurs démocratiques

Aujourd’hui, c’est la déception! Au lieu de se diriger vers un objectif que l’on croyait partagé, plusieurs pays ont installé un Etat autoritaire avec un semblant de démocratie: «les démocratures». La Russie de Poutine en offre un parfait exemple: les libertés sont tolérées mais à la merci d’une tyrannie policière zélée au service d’un état despotique. En Chine, une économie capitaliste florissante s’est installée sous la haute surveillance du parti unique toujours aussi répressif; Et surtout, certains pays qu’on croyait attachés aux valeurs démocratiques ont changé de cap: la Turquie diverse et laïque, sous la poigne d’Erdogan, met en place une dictature aux relents intégristes; les partis nationalistes progressent dans les pays européens.

Ce déclin de nos valeurs démocratiques est d’autant plus grave qu’il est relayé de l’intérieur même du système par des intellectuels et des politiciens qui soutiennent ces atteintes aux libertés et trouvent un accueil favorable dans l’opinion. Ils veulent infléchir l’Etat de droit par des mesures liberticides et tiennent un discours intolérant. Donald Trump, élu président de la plus grande démocratie, se dit prêt à rétablir la torture pour éradiquer le terrorisme, propose une politique contre l’immigration et lance un décret contre la venue de musulmans aux Etats-Unis. Comme le rappelle Timothy Snyder («Le Monde» du 7 mars), le pouvoir nazi a pris comme prétexte la menace terroriste pour mettre fin à l’Etat de droit.

Les plumitifs et le «politiquement correct»

Plus grave encore, Donald Trump est applaudi par les extrêmes droites européennes qui prônent des mesures similaires. En lui, ils ont trouvé leur maître à penser. Ils ont en commun une complaisance déclarée pour Poutine. Marine Le Pen, la plus zélée, demande le démantèlement de «la politique systématique des droits de l’homme» («Le Temps» du 24 février), ni plus ni moins! Avec ses semblables aux Pays-Bas, en Hongrie, en Autriche, en Allemagne, ils forment un assemblage réactionnaire dont le but est de dévoyer nos démocraties de l’intérieur. Enfin, une cohorte de plumitifs, sous couleur de dénoncer le «politiquement correct», jette le discrédit sur les droits fondamentaux c’est-à-dire la défense des libertés civiles et de la dignité humaine.

Actuellement, les violations des droits humains sont minimisées, et ceux qui les défendent sont dénigrés. Il faut prendre conscience qu’il est urgent de résister. Comme l’écrivait René Char, «la lucidité est la blessure la plus proche du soleil».

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