Egalité

Droits LGBTIQ+: le retard suisse n’est plus tolérable

OPINION. Si la ville de Genève s’apprête à célébrer la Gay Pride en grande pompe, la Suisse doit encore montrer qu’elle est prête à s’engager, concrètement, pour que les personnes LGBTIQ+ obtiennent l’égalité

Ils sont arrivés par surprise, tard dans la nuit. Six policiers en civil sont descendus au Stonewall Inn, bar new-yorkais prisé par la communauté LGBT. Les arrestations y étaient courantes mais cette fois-ci, la foule a riposté. Cette fois-ci, ceux qu’on marginalisait de par leur orientation sexuelle ou leur identité de genre ont refusé de se soumettre. C’était le 28 juin 1969, il y a tout juste 50 ans.

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Au moment de fêter cette rébellion historique, retournons-nous: le chemin parcouru est important. En un demi-siècle, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, intersexes et queer se sont faites plus visibles. Elles ont péniblement obtenu le respect, construit leurs droits, arraché l’égalité, pas à pas. En 2008, le premier maire ouvertement transgenre était par exemple élu aux Etats-Unis. En 2013, nos voisins français légalisaient le mariage pour tous. L’Inde dépénalisait l’homosexualité l’an dernier. Enfin.

Réformateurs arc-en-ciel

En Suisse aussi, les mentalités ont évolué. Une ouverture symbolisée par des drapeaux arc-en-ciel scotchés au sol dans tout Genève, où sera célébrée cette semaine la Pride romande. Le fait que la ville se drape des couleurs de la tolérance, jusque sur le mur des Réformateurs, est un signal clair: au bout du lac, diversité rime avec fierté.

Un signal rassurant, aussi. Car au niveau légal, notre pays a pris un sacré retard. Le Rainbow Europe, classement des pays en matière de droits et libertés LGBTIQ+, place la Suisse en… 27e position. Après la Hongrie et le Monténégro.

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Le mauvais élève se trouve justement à un moment charnière: des lois qui pourraient tout changer sont actuellement à l’étude. Le projet de «mariage pour tous» vient de passer en consultation au National; la modification du Code civil pour faciliter le changement de sexe auprès de l’état civil doit prouver son efficacité; tandis que l’extension à l’homophobie de la norme pénale antiraciste se trouve menacée par un référendum de l’UDF.

Il n’est que temps que ces avancées se concrétisent. La Suisse doit enfin prendre ses responsabilités envers la communauté LGBTIQ+. Elle doit s’engager contre les discriminations, les violences et les insultes. Et montrer que non, l’arc-en-ciel sur les pavés, ce n’est pas là uniquement pour décorer.

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