Editorial

Le drôle de message du CIO

L’agence mondiale antidopage appelait à une sanction exemplaire contre la Russie de Poutine. Mais le Comité international olympique n’a pas suivi

Dans l’histoire olympique, seuls deux pays se sont vu interdire l’accès à la compétition suprême: l’Afrique du Sud de l’apartheid et l’Afghanistan des talibans. La Russie de Poutine allait-elle les rejoindre dans cette ligue des parias? Les conclusions du rapport McLaren incitaient à le faire: durant cinq ans, Moscou a supervisé un dopage d’Etat avec l’aide des services secrets dont on découvre avec effarement les bidouillages d’urine et les cocktails «duchesse» pour s’assurer le plus grand nombre de médailles. Une tricherie sans précédent depuis l’ère soviétique. L’Agence mondiale antidopage – le commanditaire de l’enquête – appelait à une sanction exemplaire et collective.

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Le Comité international olympique (CIO) ne l’a finalement pas suivie. Comment s’en étonner? L’organisation, dont le siège est à Lausanne, reste prisonnière de ses impératifs politiques et économiques. Exclure la Russie, c’était se mettre à dos l’une des plus grandes nations du sport et sa clientèle dans les fédérations sportives internationales. C’était aussi l’assurance de voir se creuser un peu plus le fossé qui se dessine entre Moscou et l’Occident, à un moment où l’on cherche plutôt à reconstruire des ponts. Et les JO de Rio sans le ressort de la compétition entre Russes et Américains n’auraient-ils pas perdu une partie de leur intérêt?

Reste le sport, et ses fraudeurs. Sur ce plan, le CIO est bien sûr justifié de mettre en avant la notion de «droit à la justice individuelle» dans l’intérêt des sportifs. Pas de sanction collective, donc, mais des conditions très strictes d’accès aux JO pour l’ensemble des sportifs russes, qui devront apporter la preuve de leur probité. Pour eux, il n’y a plus de présomption d’innocence, souligne le CIO. Une décision sévère, mais qui permet au pouvoir russe de sauver la face.

L’action du CIO n’aura finalement de sens que s’il fait la démonstration d’une réelle volonté de s’attaquer au dopage mondial. Il lui reste un très long chemin à parcourir pour convaincre. Dans l’affaire russe, seule l’action de lanceurs d’alerte relayés par des journalistes d’investigation a permis de lever une partie du voile. Les signes de dissimulation étaient pourtant nombreux.

De ce point de vue, il est incompréhensible que le Comité d’éthique du CIO n’ait pas répondu favorablement à Yulia Stepanova, l’athlète russe qui, la première, osa dénoncer les subterfuges des instances sportives de son pays. Un courage mal récompensé. Elle espérait concourir à Rio sous un drapeau neutre. Une faveur que lui a refusée le CIO, la mettant finalement dans le même sac que les autres athlètes dopés de son pays. Drôle de message.

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