Affaires intérieures

Drôle de métier

La compagne de François Hollande renonce à présenter une émission de reportages sur D8 (groupe Canal+), par crainte de soulever des interrogations. Elle ne renonce pas en revanche à sa chronique dans Paris Match, notamment, dit-elle, parce que ses enfants sont à sa charge et qu’elle a besoin de son salaire. Valérie Trierweiler peine à s’imposer à l’Elysée

La compagne de François Hollande renonce à présenter une émission de reportages sur D8 (groupe Canal+), par crainte de soulever des interrogations. Elle ne renonce pas en revanche à sa chronique dans Paris Match, notamment, dit-elle, parce que ses enfants sont à sa charge et qu’elle a besoin de son salaire. Valérie Trierweiler peine à s’imposer à l’Elysée. Alix Bouilhaguet, coauteure d’une biographie non autorisée sur elle, estime qu’elle a déjà «brûlé beaucoup de cartouches» mais qu’elle est intelligente et qu’elle apprendra «le métier de première dame de France».

Drôle de métier si c’en est un. Personne ne l’enseigne. Personne ne dit en quoi il consiste. Il n’a ni contenu déterminé ni ficelle à attraper. On ne sait pas combien il est payé mais on pourrait le savoir. On sait qu’il a un logement de fonction, un bureau et même quelques employés de service. Mais pour quoi faire? Pour répondre à des lettres que des gens écrivent à la première dame de France en pensant que son métier est d’être plus gentille et plus réceptive à leurs problèmes que le premier monsieur de France, occupé ailleurs?

Ce qu’on comprend des faits et gestes de Valérie Trierweiler jusqu’ici est que son métier est d’être journaliste. Première dame de France, elle ignore ce que c’est et même refuse de le savoir. Elle veut participer à la France, pas la représenter. Etre la compagne de François Hollande, pas sa maîtresse de maison. Inspirer son entourage – éventuellement –, pas la France. Elle me fait penser au pape de Nanni Moretti incarné par Michel Piccoli dans Habemus Papam: élu contre son gré, écrasé par la charge, il s’enfuit du Vatican.

Il subsiste dans la France républicaine, comme d’ailleurs dans l’Amérique républicaine, une idée persistante du couple royal: la «première dame» ou la «First Lady» sont à la république ce que la reine était au royaume, le personnage le plus important après le roi. Une nostalgie symbolique qui s’éternise: un homme muni d’une femme à la tête de la nation, leur procréation assurant la pérennité du groupe. Le «métier» de reine consistait à donner des enfants au roi, à paraître dans les cérémonies et, pour le reste, à faire comme bon lui semblait. Valérie a choisi le reste et les Français ne l’aiment pas.

La première dame d’Allemagne est chancelière. Son mari fait comme bon lui semble. Physicien quantique à l’Université Humboldt de Berlin, il apparaît parfois dans le programme des épouses des grandes cérémonies internationales comme le G8 ou le G20. On l’a vu tourner la broche du barbecue sur les bords de la Baltique à l’occasion d’une invitation de George W. Bush. C’est tout. Les Allemands le respectent. Il s’appelle Joachim Sauer, vous le saviez?

Déjeunant un jour avec Sandro Pertini, le président italien avec lequel, comme bien d’autres, j’avais sympathisé, je l’entendis se plaindre de sa femme, Carla, qui refusait d’habiter au Quirinal. Il comprenait parfaitement qu’elle ne veuille pas jouer la première dame d’Italie, et d’ailleurs, il ne le lui demandait pas, mais quand même, elle lui manquait. Elle, dans sa mansarde face à la fontaine de Trevi, se plaignait de «ce travail, là-haut», qui la privait de son mari. La présidence les séparait. Socialiste, républicaine, femme moderne et engagée, elle n’avait pas voulu apprendre «le métier». Quand il a démissionné, en 1985, ils sont allés tous les deux se faire un petit banquet à la campagne pour fêter ça.

Allez, Valérie, plus que quatre ans et demi à supporter les Français. Ou bien: encore quatre ans et demi pour leur prouver qu’ils n’ont pas besoin d’une première dame.

Valérie veut être la compagne de François Hollande, pas sa maîtresse de maison

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