Editorial

Le drone postal est plus qu’un coup de pub

Il y avait d’abord un nuage de poussière, au loin. On distinguait ensuite une vieille fourgonnette jaune avancer péniblement sur le chemin de terre battue. Une fois arrivé dans la cour, le facteur entrait à la chambre. On lui servait un café, ou une goutte. Il blaguait un peu sur les histoires de la région, sur la canicule du moment, délivrait les paquets attachés avec de la ficelle, puis partait reprendre sa tournée. Hier, La Poste, c’était ça.

Bientôt, on entendra un lointain vrombissement. Un petit appareil blanc bardé d’hélices et d’électronique enverra un SMS pour signaler son arrivée. Il survolera la cour en bourdonnant, se posera sur le paillasson et délivrera une boîte jaune en plastique avant de redécoller dans un puissant courant d’air. Demain, La Poste, ce sera ça.

Ou plutôt après-demain. D’ici à 2020, le géant jaune entend réaliser toute une batterie de tests pour être capable de distribuer des colis de moins d’un kilo (75% du marché) via des drones. Pas question de remplacer les postiers, le projet vise la complémentarité, martèlent les communicants du vendeur de timbres. Par exemple pour des livraisons dans des régions très reculées. Ou en cas de catastrophes.

A partir de là, deux postures. La première se résume à pester contre cette ancienne régie fédérale qui supprime toujours davantage de services – par exemple la livraison de courrier dans les périphéries – tout en dépensant des montants gardés secrets pour faire voleter ces cigognes 2.0. Un brin populiste, mais parfaitement défendable.

La seconde consiste à saluer l’esprit d’ouverture de l’entreprise. A reconnaître qu’en rejoignant Google ou Amazon dans la course à la domestication de ces appareils, La Poste se hisse au rang des sociétés qui savent humer l’air du temps. Et s’assure accessoirement un bon coup de pub, à l’heure où la presse attaque, à raison, son inadmissible distribution d’autocollants «Publicité OK».

Occuper l’espace médiatique, c’est bien. Occuper l’espace aérien aussi. Grâce à cette opération, cet acteur national s’impose dans le ciel suisse avant que ce dernier ne soit encombré de drones venant de tous les horizons. Il n’y a plus qu’à espérer que cette démarche permette d’accélérer la réglementation sur l’utilisation commerciale des drones.

Car sur cette question, la Suisse – dont les normes sont encore rudimentaires – en est restée à la fourgonnette jaune et au verre de goutte.