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«Dumbo» + Burton = incoercible nostalgie

Le réalisateur américain, qui a démarré sa carrière au sein des studios Disney, ressuscité le fameux éléphanteau aux grandes oreilles. Son film divise, au «Temps» comme ailleurs

On a tous en nous quelque chose de Walt Disney. Cet aphorisme a beau me paraître niais au moment de l’écrire, je ne vois pas comment définir autrement la manière dont la société fondée en 1923 à Burbank règne sur l’industrie du divertissement, au point d’avoir coup sur coup racheté les studios Pixar et Marvel, mais aussi la franchise Star Wars. Alors qu’en 1940, suite aux échecs successifs de Pinocchio et de Fantasia, elle avait frôlé la faillite. C’est la sortie de Dumbo l’année suivante qui relancera la compagnie californienne.

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Ah, Dumbo. Je garde une affection toute particulière pour ce quatrième long métrage Disney. Non seulement parce qu’il est d’une poésie bouleversante, mais aussi parce qu’il s’agit de mon premier film vu au cinéma, à la faveur d’une ressortie à la fin des années 1970. Mes parents m’avaient promis quelque chose de spécial, je me revois encore persuadé d’aller au cirque.

C’était presque ça: j’allais donc découvrir un éléphanteau aux oreilles disproportionnées, risée d’un cirque avant d’en faire le succès. J’ai aimé Dumbo instantanément, mais n’en percevrai que plus tard les qualités esthétiques (les silhouettes impressionnistes des ouvriers, les clowns en ombre chinoise) et l’ahurissante modernité de la parade psychédélique des éléphants roses.

Amour du cinéma, magie du cirque

En 1988, c’est Beetlejuice, deuxième réalisation de Tim Burton, que je découvrais en salle. J’ai instantanément aimé ce cinéaste, son univers aux frontières du baroque et du gothique, son sens du cadrage et du décadrage, son humour, la musique de Danny Elfman. J’ai depuis vu tous ses films sur grand écran, et voue un culte irrationnel à son Ed Wood, qu’il m’est arrivé de revoir plusieurs fois de suite en une nuit. Vous me voyez venir? Lorsque j’ai appris que le réalisateur américain avait convaincu Disney de lui laisser les commandes du remake de Dumbo, j’ai frétillé comme une anguille s’apprêtant à finir en unadon.

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Depuis sa sortie mercredi, son film divise, à la rédaction du Temps comme ailleurs dans la presse. Moi, je l’ai aimé, son Dumbo. Parce que j’y ai senti son amour du cinéma (notamment de l’univers fantastique des studios anglais Hammer) et du cirque (malgré le numérique, il parvient, à l’opposé de The Greatest Showman, à en faire ressentir la magie), parce que si l’histoire est certes gonflée, elle n’en demeure pas moins très simple, et parce que, au-delà du message de tolérance au cœur du récit, il dit quelque chose d’une industrie du divertissement où seules comptent la course au spectaculaire et la rentabilité. Alors oui, je suis peut-être aussi niais que ma phrase introductive… mais j’assume.


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