Les attaques terroristes sur les Etats-Unis en 2001 ont inauguré un siècle de tourments. Retrouvez tous nos articles et vidéos à l'occasion des 20 ans du 11-Septembre.

Les images n’ont rien perdu de leur force. Des avions qui s’écrasent dans des tours. Des personnes qui sautent dans le vide. Un nuage de fumée qui engloutit Manhattan. Les découvrir le 11 septembre 2001 revenait à être projeté dans une nouvelle ère. Sans prévenir, tout avait changé. Les revoir vingt ans plus tard suscite pourtant, confusément, le sentiment qu’elles appartiennent à une autre époque.

Si, aujourd’hui, la césure n’est que diffuse, c’est que le chapitre ouvert par ces attentats porte un nom problématique: la guerre contre le terrorisme. Or une guerre menée contre une méthode – le terrorisme – n’a rien à voir avec celle qui serait menée contre un ennemi clairement identifié. A l’inverse de 1914 ou 1939, lorsque ont commencé des guerres mondiales conclues par la fin des hostilités entre Etats, 2001 ouvre une séquence qui n’est pas bornée dans le temps. On peut vaincre un ennemi, pas son moyen d’action.

Depuis l’année dernière, nous percevons toutefois qu’un nouveau cycle historique a débuté. Le Covid-19 a surgi, lui aussi sans crier gare, et tout a changé. Les problèmes systémiques qu’il entraîne occupent désormais bien plus les esprits que le terrorisme.

Si nous changeons peu à peu d’ère, nous sommes tenus d’en tirer quelques leçons. Qu’avons-nous appris sur la nature de la menace terroriste? Elle n’est pas si grande qu’elle puisse détruire, à elle seule, un Etat. En revanche, la réaction qui lui est opposée peut, elle, représenter un véritable danger. Face à ceux qui recourent à la violence, les démocraties en Europe et en Amérique du Nord ont-elles su apporter une réponse respectueuse de l’Etat de droit? Traitons-nous nos ennemis à la hauteur de nos propres exigences ou de notre soif de vengeance? Savons-nous promouvoir les droits humains ou les piétinons-nous lorsqu’il s’agit de défendre nos intérêts en matière de politique étrangère? Voyons-nous le monde à travers les divisions que voulaient attiser les pirates de l’air ce fameux 11 septembre 2001? Au fond, sommes-nous tombés dans leur piège?

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Ces questions n’ont rien de rhétorique. Les mensonges quant aux prétendues armes de destruction massive irakiennes ont entamé la confiance de nombreux citoyens envers leurs dirigeants. La torture légalisée a dévoyé certains services de renseignement. Et le recours sans fin à la violence extérieure est revenu hanter les démocraties, favorisant des discours de haine et de rejet qui se sont traduits par des passages à l’acte. Deux décennies après avoir échoué à démocratiser le Moyen-Orient, les Américains ont vu leur propre Capitole profané par des insurgés.

La leçon essentielle que nous pourrions emporter dans ce monde nouveau qui est le nôtre est pourtant encore plus élémentaire. Le terrorisme ne constitue désormais qu’une menace parmi d’autres, et la logique de confrontation que nous lui avons appliquée est inopérante face aux défis du moment. La pandémie comme le changement climatique ne sont pas des ennemis que l’on pourrait bombarder, ni contraindre à capituler. Tous deux requièrent un degré de coopération jusqu’ici inconnu. Or, cette fois-ci, il y va vraiment de notre survie.

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