La menace, en novembre 1985, quand Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev se rencontrèrent à Genève, était nucléaire. On n’a plus la perception aujourd’hui des angoisses collectives qu’elle suscitait. Les 20 000 ogives américaines et les 30 000 soviétiques tenaient la destruction atomique au-dessus de nos têtes, de quoi «annihiler trois fois la planète», prophétisaient ceux auxquels une seule fois ne suffisait pas. Ce catastrophisme-là a disparu, remplacé par d’autres. Les dirigeants ne parlent presque plus du danger nucléaire.

Les commentateurs politiques ont lâché le sujet, comme s’il était entendu que les Etats-Unis et la Russie avaient abandonné toute perspective de recours à l’arme atomique. Tous deux continuent d’entretenir et de moderniser leur arsenal nucléaire mais le danger qu’il représente est laissé à l’analyse des spécialistes du désarmement, dans des conférences et des comités très éloignés de l’opinion publique. Il y a encore des bouffées d’inquiétude à propos de la prolifération nucléaire dans des pays dont le régime est imprévisible ou violent, comme la Corée du Nord, l’Iran ou le Pakistan. Mais les cinq puissances du Conseil de sécurité, seules à détenir officiellement l’arme nucléaire, s’emploient à protéger leur monopole et le principe de la dissuasion qui l’accompagne. La peur du nucléaire militaire, qui était centrale entre l’Est et l’Ouest il y a quarante ans, s’est déplacée vers les périphéries associées à la mal gouvernance ou à la folie.