La nouvelle du jour c’est que le démagogue Daniel Trump va tenir quelques-uns de ses promesses électorales. Il va bel et bien adopter une politique protectionniste. Exit le traité le traité commercial transpacifique (TTP) et le traité commercial transatlantique avec l’Europe (TTIP). Les accords avec le Canada et le Mexique (Alena) seront eux aussi négociés. Place donc aux accords bilatéraux où les Etats-Unis pourront imposer plus facilement leur force à des pays pour qui il est vital de garder un accès au marché américain.

Je ne vais pas verser une larme sur l’échec des grandes machines néolibérales qu’étaient le TTIP et l’accord de libre-échange sur les services TiSA. A mes yeux, le développement du commerce mondial ne doit pas l’emporter sur la liberté des Etats d’organiser leurs services publics comme ils l’entendent, ni de défendre leur souveraineté alimentaire si surtout les contraindre à se plier à tous les désirs des multinationales, sinon c’est la fin de l’économie sociale de marché.

Les Etats-Unis se détournent du libre-échange

Je ne peux m’empêcher toutefois de constater que les Etats-Unis, grands promoteurs du libre-échange depuis des décennies, s’en détournent, parce qu’ils estiment aujourd’hui qu’il ne correspond plus à leur intérêt. Ce revirement n’est pas étonnant, l’histoire économique en compte beaucoup d’exemples.

Les historiens citent souvent celui de la Grande-Bretagne au XIXe siècle, dont l’avance technologique qui en fit le chantre du libre-échangisme, avait été acquise «à l’abri de barrières tarifaires élevées maintenues sur une longue période.» (Paul Bairoch).

Les entreprises américaines, rappellent-ils aussi, ont probablement été les plus protégées du monde jusqu’en 1945. Ce n’est qu’alors, fort de leur statut de première puissance mondiale, que les Etats-Unis se convertirent au libre-échange. Tout simplement, parce que c’était leur intérêt!

La «Révolution conservatrice», un air de déjà-vu

Le plus piquant dans l’affaire, c’est que beaucoup de commentateurs parlent aujourd’hui de la «révolution conservatrice» de Donald Trump. Or ce terme a déjà été utilisé pour parler, de l’ère Reagan, qui a marqué le début du triomphe du néolibéralisme.

Guy Sorman, qui en était un chaud partisan, la résumait ainsi dans La Révolution conservatrice américaine: «La jeunesse repousse la contestation, les femmes luttent contre le féminisme, les contribuables contre l’impôt, les Eglises les plus conservatrices rallient en masse de nouveaux fidèles, les intellectuels défendent le capitalisme, les syndicats ouvriers s’effondrent…».

Plus grand-chose à déréguler aux Etats-Unis

Ce mélange entre retour aux valeurs traditionnelles et libéralisme exacerbé, on le retrouve chez Trump. Sa politique économique consistant à baisser les impôts tout en augmentant les investissements, est assez proche des Reaganomics. Avec une différence de taille: Reagan avait fait exploser la dette en investissant dans les dépenses militaires et non dans les infrastructures du pays. Comme il n’y a plus grand-chose à déréguler aux Etats-Unis, cet aspect central pendant les années 1980 n’a pas été au centre de la campagne du candidat républicain.

Ce que la révolution conservatrice version Trump amène de fondamentalement nouveau (à part la lutte contre l’immigration mexicaine), c’est le protectionnisme. Dans les années 1990, George Bush père a été un partisan inconditionnel du libre-échange et le principal artisan de l’Alena que Trump veut aujourd’hui renégocier.

Trump osera-t-il s’attaquer à la Chine?

La première révolution conservatrice, consécutive à la longue récession déclenchée par le choc pétrolier, n’a apporté à long terme aucune amélioration des conditions de vie de l’Américain moyen puisque le niveau réel des salaires a stagné depuis 1970.

La deuxième aura-t-elle plus de succès? Est-ce la fin du long déclin de l’Empire américain? On peut en douter, d’autant plus qu’une inconnue subsiste: Trump osera-t-il vraiment s’attaquer à la Chine qui détient une bonne part de la dette américaine et où se fabriquent les produits des entreprises phares des Etats-Unis comme Apple ou Nike? Et le cas échéant quelle sera la réaction du géant chinois?