Editorial

Dur retour à la réalité

C’est la douche froide. Pour ceux qui avaient cru discerner une ouverture européenne dans l’offre d’accord provisoire sur l’électricité faite la semaine dernière à la ministre de l’Energie Doris Leuthard, la rencontre de ce lundi entre Simonetta Sommaruga et Jean-Claude Juncker constitue un dur atterrissage.

Entre le Conseil fédéral, contraint d’appliquer au plus près la décision du souverain de maîtriser l’immigration, et la Commission européenne, tenue par le principe fondamental de la libre circulation des personnes, les positions sont trop éloignées pour entrevoir ne serait-ce qu’une possibilité de négociation.

Certes, et c’est le seul point positif de cette journée, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, tient absolument à poursuivre le dialogue avec la Suisse au plus haut niveau. Tant que l’on discute, il y a un espoir. Mais en souhaitant une discussion politique, il a placé la barre très haut: au niveau des objectifs fondamentaux de l’UE et de ses valeurs. On ne discutera pas de bricolages.

C’est un dur retour au principe de réalité. L’UDC, comme à son habitude, pourra toujours accuser le Conseil fédéral d’incompétence. Le fait est que la demande de négociation sur la libre circulation devenait inacceptable dès lors qu’elle touchait à une des raisons d’être de l’UE.

Fini de rêver, de miser sur les exploits ou la capacité d’usure d’une diplomatie talentueuse. Oublions les plans B bidouillés. La Suisse est désormais devant le choix entre deux principes antagonistes: la maîtrise de l’immigration ou la libre circulation, dont découlent plus de 120 accords bilatéraux essentiels pour sa prospérité.

Nous n’en sommes pas encore à l’heure des décisions douloureuses. Il faudra aller jusqu’au bout du processus interne de mise en œuvre de l’article contre l’immigration. Pour confronter le résultat avec les avantages et les inconvénients de la voie bilatérale.

L’épreuve qui nous attend est pourtant une chance. Elle offrira l’occasion au peuple suisse de renouer avec le premier article de la Constitution: renforcer la liberté, la démocratie, dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde.