«Au secours, la gauche arrive.» Des années durant, ce slogan n'a même pas eu besoin d'être scandé dans les différents cantons. Implicitement formulé, il suffisait à garder l'électeur dans le droit chemin de la raison bourgeoise. Du côté de l'usage forcément éclairé des deniers publics, et loin de l'effrayant aventurisme qu'aurait naturellement représenté un changement de majorité.

Ce n'est plus le cas. Avec 63% des voix, et nonobstant un profil de syndicaliste dogmatique dans la défense du service public, Pierre-Yves Maillard est entré dimanche par la grande porte au Conseil d'Etat vaudois. Le même week-end, écologistes et socialistes de Bâle-Ville ont renforcé leurs députations dans leur Grand Conseil et sont en position de lutter pour la majorité à l'exécutif. A Neuchâtel, c'est avec des poids lourds fédéraux que les mêmes partis se préparent à partir en mars prochain à l'assaut du Château, alors qu'en face on peine à trouver des candidats convaincants. A Genève, à force de surenchère au parlement, l'action de la droite devient indéchiffrable. Bref, lorsqu'ils se braquent sur les prochaines échéances électorales, c'est à droite que les regards sont inquiets. A gauche, ils sont pleins d'espoir.

Le dynamisme a changé de camp. Les implacables «machines à gagner» qu'étaient les ententes bourgeoises sont en panne. Elles ont peu de relève, peu d'idées, et plus du tout d'entente. Sous les coups de boutoir de l'UDC, libéraux, radicaux et démocrates-chrétiens n'en finissent plus de se raidir pour les uns, de se déchirer pour les autres. A l'inverse, Verts, roses et même rouges s'échinent à se montrer modérés et responsables.

Si elle veut inverser la tendance, la droite traditionnelle romande n'a guère de choix. Elle doit cesser de s'épuiser en combats fratricides et miser d'urgence sur ce qui rassemble ses différents courants. Il y a dans son camp une refondation à effectuer, qui devra peut-être bien aller jusqu'à la fameuse fusion radicale-libérale.

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