C'est une Italie divisée et désécurisée qui se rend aux urnes le week-end prochain. Le pays connaît une croissance économique anémique et ses déficits publics font de lui l'un des cancres de l'Union européenne.

Les cinq ans de berlusconisme ont peut-être permis à l'Italie de rompre avec l'instabilité gouvernementale qui a caractérisé la politique transalpine. Le rêve d'une Italie forte, offert par Silvio Berlusconi en 2001, a pourtant été une chimère. Désormais, une bonne partie des Italiens n'ont qu'un mot à la bouche: «sfiducia», perte de confiance. La campagne électorale, qui connaît son apothéose ce lundi avec le dernier duel télévisé entre Sua Emittenza et Romano Prodi, fut d'une rare violence. La diabolisation berlusconienne de l'adversaire, qualifié d'anti-patriote, raidit les démocrates. Elle ne doit rien au hasard. Parmi ses conseillers, Berlusconi compte un certain Karl Rove, dont on connaît, avec Bush, les méthodes détestables. On est loin des éloges stendhaliens sur le savoir-vivre italien.

Les excès de la campagne auxquels même le bonhomme professeur Prodi a cédé en traitant le ministre de l'Economie de «délinquant politique» cachent une réalité qui fait fi des simplismes électoralistes. Face à deux coalitions, qui constituent chacune un amalgame d'idéologies, l'électeur est désemparé. Il l'est d'autant plus que les vrais enjeux de l'Italie sont considérables, mais peu pris en compte. Le pays est l'Etat européen qui vieillit le plus avec une natalité très faible, posant de graves hypothèques sur le financement des retraites. Par ailleurs, la société italienne se modernise. Les femmes travaillent et s'affranchissent de la figure tutélaire de la mère, les appels à la création d'un pacs se multiplient. Mais, à gauche comme à droite, on s'est montré incapable d'accompagner ce changement.

Enfin, malgré le boulevard créé par l'échec du berlusconisme, le centre gauche, par une communication désastreuse, notamment sur ses projets fiscaux, ne réussit pas à rassurer les classes moyennes qui ont cédé aux sirènes du Cavaliere en 2001. Le vote des Italiens les 9 et 10 avril risque dès lors d'être motivé par une dynamique négative: non pas propulser l'Italie dans l'avenir, mais lui faire le moins de mal possible.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.