Cette fois-ci, les nationalistes chinois sont descendus dans la rue en brandissant des portraits de Mao. Ils ont défilé par milliers devant les représentations diplomatiques japonaises, ils ont vandalisé des commerces nippons, défoncé des voitures nippones, tout cela en traitant leurs voisins de «nains», de «diables» ou de «porcs». Avec la bénédiction du régime. Cette flambée de violence anti-japonaise a une nouvelle fois pour origine le différend territorial entourant quelques rochers en mer Jaune: les îles Diaoyu, selon la terminologie chinoise, ou Senkaku pour les Japonais.

La récurrence de ces pics de fièvre (le dernier remonte à 2010) pourrait laisser croire qu’il s’agit une fois de plus d’une simple mauvaise humeur passagère. Vraiment? Entre la deuxième et la troisième puissance économique mondiale, le cocktail est explosif. Jusqu’ici, dans un intérêt bien compris, les deux nations ont toujours su trouver une parade pour mettre un terme à ces déchaînements de haine en sauvant la face.

Mais, au fil des ans, la montée en puissance de la Chine et le déclin japonais changent peu à peu le rapport de force entre deux pays par ailleurs tiraillés par de puissants courants nationalistes. La fierté ombrageuse des uns et l’angoisse malsaine des autres pourraient bien un jour provoquer un dérapage dans l’une des zones géopolitiques les plus instables de la planète. Car l’Asie de l’Est – le pivot du monde comme le professe désormais Washington – manque cruellement de mécanismes pour assurer une paix durable plus de soixante-cinq ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. L’Histoire – instrumentalisée par Pékin, niée par Tokyo – demeure là-bas un puissant facteur de conflit. Depuis que l’on sait que les rochers de la discorde se situent dans une zone potentiellement riche en hydrocarbures, la convoitise est d’autant plus forte.

La crise actuelle s’explique toutefois par la politique interne. Au Japon, le Parti démocrate, vacillant, joue la surenchère pour faire taire un maire de Tokyo ultra-nationaliste mais populaire. En Chine, les disputes entre mandarins rouges à la veille d’un congrès crucial incitent à sortir la grosse artillerie rhétorique. Wen Jiabao a promis que la Chine ne céderait plus un pouce de son territoire. Un général se dit prêt à adopter d’«autres mesures» contre le Japon.

Deng Xiaoping disait qu’il fallait remettre à la sagesse des générations futures les règlements des conflits territoriaux. La raison l’a jusqu’ici emporté. Mais l’irruption de Mao comme étendard du nationalisme pourrait augurer un nouvel aventurisme chinois .