revue de presse

Ebola débarque à New York, mais la presse se veut sereine

Comment informer sans inquiéter? On sent que la presse américaine se retient pour commenter la nouvelle de ce médecin new-yorkais revenu de Guinée il y a dix jours et hospitalisé depuis jeudi après-midi: Ebola est arrivé à New York (avec galerie photo)

Le Dr Craig Spencer, 33 ans, revenait de Guinée où il a traité des patients Ebola pour Médecins sans frontières. Il a quitté l’Afrique le 14 octobre en passant par l’Europe (sans que l’on sache officiellement pour l’instant par où il est passé, mais le tabloïde le New York Post, très souvent sujet à caution, croit savoir que c’était Bruxelles). Il est arrivé le 17 à New York, premiers symptômes de fatigue le 21, et a été diagnostiqué positif le 23, résume ABC. La ville qui a déjà dû vivre le 11-Septembre et l’ouragan «Sandy», qui sait que tous les malheurs peuvent arriver, se dit prête, écrit Politico. C’est le 4e patient diagnostiqué positif aux Etats-Unis et le 9e à être traité ici, précise le Wall Street Journal.

Mais «c’est un cas sur 8 millions de personnes» à New York, insiste le Huffington Post, qui s’est rendu à la conférence de presse immédiatement donnée par la ville (le communiqué est à lire ici, en anglais et en espagnol): il en ressort que le médecin a été en contact avec trois personnes depuis son retour – deux amis et sa fiancée, actuellement en bonne santé et qui vont être mis sous surveillance, raconte CNN, qui précise que sa fiancée a aussi été hospitalisée. Le médecin avait repris son travail au New York-Presbyterian/Columbia University Medical Center mais n’avait pas vu de patients depuis son retour, selon le WSJ. Il est surtout resté dans son appartement de Brooklyn en prenant sa température deux fois par jour, a-t-on appris pendant cette conférence de presse, dans laquelle le maire de New York Bill de Blasio a voulu expliquer, et rassurer, dans une mégalopole au poids économique incomparable et très fréquentée par les touristes:

Les autorités ont surtout dû faire le point sur les allées et venues de Craig Spencer jusqu’à son hospitalisation, des déplacements scrutés par les New-Yorkais inquiets: car le médecin a été en contact avec du public, dans le métro, un restaurant de Manhattan (le Meatball), il a même pris un taxi Uber (la compagnie a d’ailleurs immédiatement réagi avec un communiqué indiquant que le chauffeur était prévenu mais que ni lui ni ses clients ne couraient de risque). Les autorités se sont servies de sa carte de métro et de sa carte de crédit pour déterminer ses mouvements, raconte le New York Times. Mais il n’avait pas de symptômes lorsqu’il a pris le métro et les chances qu’il ait pu contaminer sont «proches de zéro», selon la médecin cheffe de la ville, le Dr Mary Bassett.

«Par excès de précautions», le bowling a cependant été fermé (le Gutter à Williamsburg) et un concert y a été annulé, explique encore le New York Times. Et la maison du Dr Spencer a été mise sous scellés. Organisation, réactions, explications: la sobriété est de mise.

Et il est important de montrer que la ville a la situation bien en main. «L’hôpital Bellevue, désigné pour le traitement d’Ebola, et toute la ville ont eu le temps de se préparer, écrit Mashable, depuis des semaines. Une préparation qui reflète cette évidence que plus l’épidémie durait en Afrique de l’Ouest, plus grandes étaient les chances qu’elle débarque en Occident, y compris à New York.» On apprend ainsi que l’hôpital Bellevue dispose de quatre chambres spéciales où Ebola peut être traité, et d’un nouveau laboratoire capable de tester des échantillons de sang positifs, séparément des autres labos.

«Parce que son taux de mortalité est fort – Ebola tue plus d’une personne infectée sur deux –, la maladie sème la peur en même temps que l’infection», écrit le Boston Globe. Malgré l’heure tardive à laquelle la maladie du Dr Craig Spencer a été rendue publique, des milliers d’internautes ont déjà publié des commentaires, parfois encore souriants.

Mais il faut reconnaître que les commentaires sont surtout inquiets, et parfois étranglés de colère, comme sur cette page Facebook ouverte depuis l’annonce de l’hospitalisation du médecin: «C’est super ce que vous avez fait en Guinée, mais bon Dieu, pourquoi fallait-il que vous reveniez à New York, pourquoi ne vous êtes-vous pas vous-même mis en quarantaine!» «Tout le monde veut vous gifler», écrit un autre. «Sans des gens comme lui, l’épidémie serait encore pire», répond un troisième. «Si des médecins responsables ne sont pas capables de respecter les mesures de quarantaine de prévention, alors que peut-on attendre d’un public «normal», répond un quatrième…

«Ce qui est clair, c’est qu’Ebola rend malade une personne en bonne santé en très peu de temps. Les bons journalistes ne doivent pas alimenter la peur, j’ai bien compris. Mais il ne faut pas non plus faire de petits arrangements avec la vérité», écrit Forbes. En effet.

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