Martin Ebner et Christoph Blocher ont trop longtemps partagé les mêmes ambitions, défendu le même culte de la liberté et de la responsabilité individuelles, avec un Etat réduit au rôle subsidiaire d'assistance, pour que les malheurs du premier n'aient pas de répercussion sur le cours politique du second.

Même si Martin Ebner a horreur de la foule, son populisme pour lever dans les salles de gymnastique un peuple de rentiers, son recours au besoin de sécurité ne sont pas loin du tribun Christoph Blocher et de son repli national.

Mais là où les deux hommes divergent, c'est dans le sens de la cohésion nationale et dans celui des responsabilités sociales de l'entrepreneur. Si Christoph Blocher a bien été tenté de développer, par exemple, des idées aussi iconoclastes que la libéralisation totale de l'AVS, pour en faire une sorte de système de retraite individuelle à la chilienne, il a très tôt senti le danger. Le peuple suisse est trop attaché à ce symbole de solidarité nationale pour qu'il y ait beaucoup d'avenir politique à qui s'y attaquera. D'où l'initiative de l'UDC, qui séduit même les socialistes, volant au secours de l'AVS grâce à l'or surnuméraire de la Banque nationale.

Dans la vision de Martin Ebner, faite de liberté absolue d'entreprendre, de course au gain et de chasse à l'exemption fiscale, pour tout dire d'égoïsme, le loup et l'agneau devaient dormir ensemble. Mais, comme disait Woody Allen, il n'était pas prévu que l'agneau dorme beaucoup.

L'échec du capitalisme populiste façon Ebner risque de se doubler du discrédit de la politique économique de l'UDC. Là où Christoph Blocher demandait moins d'Etat, moins d'impôt, débouleront des sanctions plus lourdes pour les manipulateurs de comptes, un contrôle plus serré des sociétés de participation, une révision de la loi sur la comptabilité des entreprises. Quand il a eu trop peur, l'agneau se venge.

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