Il y a dix ans, à la surprise générale, une grande partie de la jeunesse arabe se soulevait en appelant ses dirigeants accrochés au pouvoir depuis des décennies à «dégager». Après Ben Ali, Moubarak était forcé de démissionner, lâché par l’armée et les Etats-Unis, puis Kadhafi était lynché quelques mois plus tard par l’opposition. On en resta là pour les têtes qui tombent, El-Assad parvenant à s’accrocher au pouvoir au prix d’une guerre civile, d’un carnage perpétré sur sa population et du recours à l’arme chimique.

Cette jeunesse, bientôt rejointe par des pans plus vastes de la société, revendiquait plus de justice sociale et de liberté politique. Il fallait briser les oligarchies issues des mouvements de décolonisation qui s’étaient mis en place trente ans plus tôt, donner un grand coup de sac pour s’approprier un pouvoir confisqué au nom d’une certaine idée du nationalisme. Ces aspirations étaient nourries par une génération plus ouverte sur le monde, plus consciente des carcans du conservatisme, plus encline à embrasser la modernité.