En Suisse, le financement des campagnes ressemble à un millefeuille, dont on connaît mal la composition et le poids exact des différentes couches. L’enquête menée par Le Temps auprès d’une sélection de candidats romands aux Chambres fédérales apporte des éclaircissements: les campagnes personnelles de certains Valaisans grimpent jusqu’à 120 000 francs. Dans le canton de Vaud, elles peuvent avoisiner les 100 000.

Qui finance les candidats et les partis, pour quels montants? Les politiciens eux-mêmes sur leurs revenus personnels, mais également de nombreux donateurs privés, des entreprises, divers milieux économiques, associatifs ou syndicaux. Souvent, les sommes s’élèvent à quelques centaines de francs, parfois à quelques milliers. Mais il arrive qu’elles atteignent 10 000 ou 20 000 francs, ce qui questionne l’indépendance des futurs élus.

De nombreux politiciens, de gauche comme de droite, ont accepté d’ouvrir leurs livres de comptes, parfois très largement. Mais d’autres s’y sont catégoriquement refusés, estimant que ces données relevaient de la sphère privée. D’autres encore, à Genève notamment, restent discrets, parce que ce sont les partis et non les candidats eux-mêmes qui gèrent la bourse. Au sein des formations politiques, la situation est identique: peu d’informations filtrent.

Cette situation a conduit le Groupe d’Etats contre la corruption du Conseil de l’Europe (Greco) à taper sur les doigts de la Suisse, le seul «membre qui ne dispose pas de législation sur la transparence du financement politique». Dans son rapport de juin 2015, il déplore que la Confédération n’ait pas «de règles de comptabilité» pour les partis politiques et les comptes des campagnes électorales, ni l’obligation de communiquer l’identité des gros donateurs et les dons importants.

Mais si Berne n’a pas encore légiféré, c’est qu’il n’existait pas de majorité pour faire évoluer le droit. Aux Chambres, plusieurs tentatives ont connu des échecs. La situation pourrait toutefois changer. Au cours de notre enquête, plusieurs candidats de la droite et du centre ont rejoint leurs collègues de gauche pour nous confier leur malaise face à l’inflation des dépenses et au poids des donateurs.

La campagne 2015 pourrait ainsi être la plus coûteuse de tous les temps si les estimations qui placent la barre à 50 millions se confirment. Occasion pour le Parti socialiste de revenir à la charge: comme l’a révélé le SonntagsBlick, il envisage de lancer une initiative pour exiger que l’identité des donateurs versant des montants supérieurs à 10 000 francs soit publiée. Si ce texte aboutit, la campagne 2015 pourrait bien être la dernière à se dérouler dans une telle opacité.

Catherine Dubouloz

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