«On pourra bien gagner de l'argent cet été à la Bourse.» La phrase sonne comme un cri du cœur. Elle a été prononcée par un investisseur américain, hier soir, quelques minutes après la décision de la Réserve fédérale de relever d'un quart de point son principal taux directeur. Elle traduit la confiance inébranlable qui anime non seulement la finance, mais toute l'économie américaine, en passe de connaître (dès février prochain) la période de croissance ininterrompue la plus longue de l'histoire des Etats-Unis.

La décision de la «Fed» ne pouvait mieux satisfaire cette confiance: la très légère hausse du loyer de l'argent, préannoncée depuis un mois et demi, a montré que le banquier central le plus influent du monde, Alan Greenspan, avait l'œil sur tout risque d'emballement de l'économie – et de résurgence du diable inflation, via une tension salariale. Mais en laissant aussi entendre que «les forces contradictoires qui animent l'économie américaine» maintiennent pour l'heure un certain équilibre, les gardiens de la politique monétaire ont consacré la capacité de la première puissance mondiale à maîtriser à travers ses propres mécanismes de marché une croissance destinée à perdurer.

Certains signes de ralentissement existent pourtant. Ils s'expriment par une baisse des ventes de logements et dans une érosion du nombre des nouveaux contrats hypothécaires. Mais ils sont éclipsés par d'autres indicateurs totalement euphoriques: les dépenses des ménages devraient croître pour la sixième fois de suite de plus de 4% au deuxième trimestre, les ventes de voitures vont de record en record, le chômage n'a jamais été si bas ni le climat de consommation si haut depuis trente ans! De plus, la reprise qui se dessine en Asie devrait déboucher sur un renouveau de la croissance industrielle.

L'économie américaine croît encore 25% plus vite que ne le souhaiterait Alan Greenspan. Jusqu'où la marche de cette machine lancée à pleine vitesse sera-t-elle maîtrisée – et maîtrisable? L'automne apporte chaque année son lot d'émotions sur les marchés. Plus que jamais, la saison maudite sera attendue avec anxiété. Car, plus que jamais, l'économie américaine est aujourd'hui le moteur de la croissance mondiale.

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