Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Montage de panneaux solaires à Lucerne par des spécialistes de la firme Be Netz AG, septembre 2016.
© Urs Flueeler / Keystone

Opinion

«Economie verte», notre avenir, les acteurs économiques et nos institutions

Au contraire des organisations économiques avec lesquelles elle se montre très sévère, nombre d’entrepreneurs lucides appuient l’initiative, souligne l’ancien conseiller aux Etats Luc Recordon (Verts/VD)

Il serait exagéré d’affirmer que l’économie mondiale se délite. Toutefois après, en 2007 et 2008, la chute de Lehman Brothers et des «subprime», la situation terrible d’UBS et, dès 2010, la crise de la dette en zone euro, sont apparus une stagnation économique dans plusieurs pays développés, en dépit de l’assouplissement quantitatif monétaire généralisé au Japon puis en Occident, et l’essoufflement du BRICS, notamment chinois, pour ne pas parler de la récession russe. Les traités de libre-échange en négociation, inacceptables en l’état, branlent au manche. Nous nous trouvons dans un état dit atone.

Voilà qui n’est pas sans rapport avec la réflexion suscitée par l’initiative économie verte, dont ses adversaires avouent bon gré mal gré que l’objectif est pertinent.

Le parlement avait un bon contreprojet, saccagé par le parlement

Le Conseil fédéral avait un bon contreprojet, que le parlement a saccagé avant de le refuser. Seuls sont mis en cause le rythme de l’évolution et, pour d’aucuns, la nature des moyens envisagés, de façon pourtant très souple.

La généralisation du recyclage (économie circulaire), qui est au cœur de l’article constitutionnel proposé, et ses corollaires, le partage des objets et services coûteux en ressources et en argent (économie de fonctionnalité) et l’économie de proximité, changent le paradigme économique: les buts demeurent la prospérité, le confort et l’emploi, du moins la rémunération du travail adéquate.

Les matières premières (terres et métaux rares) et l’énergie facile ne sont plus à la portée de la main, le climat et la biodiversité (nécessaire à notre nourriture) souffrent. L’innovation reste plus nécessaire que jamais, mais doit être davantage sollicitée pour le maintien de l’utilité et la préservation du patrimoine naturel, comme l’illustre la création du Fairphone, que pour l’invention de gadgets.

Ce n’est pas tant le principe que nous devons choisir que le moment

Au lieu d’une économie en situation critique, marquée par le court-termisme, sous la pression d’acteurs boursiers avides de résultats trimestriels et fébriles lors de chaque variation, la pensée doit se réformer en direction du long terme.

Ce n’est d’ailleurs pas tant le principe qu’il nous appartient de choisir que le moment: si nous traînons les savates, le choix nous sautera à la figure et, comme toujours, l’adaptation tardive, notre énième «virage raté», se passera dans la douleur, tandis que l’UE vise le même délai que l’initiative.

Pis encore, cela nous empêchera d’engranger des avantages qui sont pour l’instant faciles à acquérir, pourvu que nous décidions de prendre la tête de cette mutation plutôt que de monter dans le wagon de queue. Sinon, les dégâts subis par l’environnement, l’emploi, les salaires et les personnes qui ne peuvent échapper aux conséquences grâce à leur fortune seront considérables… à terme. Bien sûr, il y aura des efforts à fournir et un coût. La belle affaire! Quel investissement, quel progrès technique serait-il gratuit?

Ronds-de-cuir d’organisations économiques

Nombre d’entrepreneurs lucides appuient l’initiative, dont Ikea, André Hoffmann, le vice-président de Roche, et la fine fleur de la «politique économique libérale et durable»: la très active association swisscleantech.

Il est en revanche navrant de voir à quel degré plusieurs ronds-de-cuir d’organisations économiques s’opposent à cette vision d’avenir avec une argumentation d’une débilité… rare.

Face à un texte laissant à un parlement pusillanime une énorme liberté de moyens, on ne nous dépeint rien moins qu’une dictature; on nous promet la pénurie d’eau chaude, alors qu’un fleuron de l’économie verte est le capteur solaire thermique, qui en fournit à l’envi; on nous met au menu une alimentation triste à pleurer, lors même que nombre des initiants sont engagés dans la promotion du goût.

Tant mieux peut-être en pratique pour l’initiative, favorisée (comme celle du 9 février 2104) par une telle inanité sortie de chez economiesuisse, la mal nommée; il est cependant peu réjouissant de voir que des officines supposées influer intelligemment sur le cours de notre économie s’en fassent les fossoyeurs. Plus malsaine encore, la propension accrue à se moquer des citoyens en les prenant pour des idiots, en rejoignant ainsi la pratique des milieux nationalistes.


Luc Recordon, ancien conseiller aux Etats, avocat, administrateur de sociétés.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)