Opinion

Economie verte: bénéfique pour l’emploi et les salariés

Contrairement à ce que disent les détracteurs de l’initiative, celle-ci nous permet de nous affranchir des énergies polluantes et d’une consommation bien trop forte de ressources et d’avoir une meilleure qualité de vie. Et elle n’est pas liberticide pour l’économie, estime le syndicaliste Denis Torche

Dans les années 1980-1990, la Suisse avait une législation environnementale généralement en avance sur celle des pays de l’Union européenne (UE). Deux bonnes décennies plus tard, si la Suisse fait toujours partie des pays les plus innovateurs sur le plan économique général, ce n’est plus le cas dans le secteur de l’économie verte et, sur le plan législatif, elle se contente en général de reprendre les objectifs et normes de l’UE sans plus les devancer. Ainsi, la part des brevets dans les cleantech a diminué depuis le milieu des années nonante. Et le « Cleantech Global Innovation Index » a classé la Suisse seulement 15ème sur 38 pays industrialisés et émergents il y a quelques années.

La Suisse décroche, pourquoi?

La raison du décrochage de la Suisse ? Des conditions-cadres nationales qui n’ont pas été suffisamment incitatives et à un manque de soutien étatique. Si l’on se limite au domaine de l’énergie, on constate que moins de 3% de la production d’électricité suisse est issue d’énergies vertes contre 19% en Allemagne, 16% en Italie et 5% en France. Même en tenant compte des barrages portant la proportion du renouvelable en Suisse à 20%, nous sommes très loin des leaders que sont la Norvège et la Suède où les énergies renouvelables représentent plus de 50% des ressources. A l’heure actuelle, la Suisse continue à couvrir environ 67% de ses besoins énergétiques avec des produits fossiles et importe chaque année pour plus de 12 milliards de francs d’énergie. Considérant l’ensemble des ressources, la Suisse est, certes, un des pays qui recycle le mieux le verre, le papier ou l’alu mais pas certaines matières premières comme les métaux rares contenus dans divers appareils électroniques, ce qui pourrait aussi créer de nouveaux emplois.

L'initiative donne un coup d'accélérateur

Dans ce contexte, il faut voir l’initiative pour une économie durable comme une nécessité, voire une chance. Car seul un environnement dans lequel l’économie applique les principes de l’économie circulaire permettra de garantir la prospérité à long terme. Nous savons qu’il faudra réduire massivement nos émissions de gaz à effet de serre (à environ 1 tonne de CO2 par habitant en 2050 contre 6 aujourd’hui). Plus on tarde à prendre les mesures nécessaires, plus le prix à payer sera exorbitant. L’initiative permet justement de donner un bon coup d’accélérateur pour un projet d’avenir et juste : celui de consommer la juste part des ressources que la terre peut absorber. Dans un pays marqué par la précision du calendrier et les compétences horlogères, il ne nous est plus permis de jouer la montre. Nous vivons à crédit et la Suisse a déjà consommé les ressources admissibles de toute l’année 2016 le 18 avril. Il est temps d’utiliser la capacité d’innovation de ce pays pour repositionner les aiguilles de la montre dans la direction d’une empreinte écologique supportable.

Une initiative favorable au travail

Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses, soutient pleinement cette initiative car elle la considère comme favorable au travail et aux emplois. Primo parce qu’elle contribue à développer un environnement de qualité et une économie durable qui sont les meilleurs garants du maintien des places de travail à long terme. Un pays en mauvaise santé environnementale a des effets secondaires très nocifs pour l’économie et les emplois. Secundo, l’initiative, en fixant un objectif de mise en œuvre, booste l’innovation et la créativité qui fait la force économique de la Suisse. On maintient et crée ainsi de très nombreux emplois de qualité dans tout le pays qu’il s’agisse de l’efficience énergétique, du développement des énergies renouvelables, de l’intensification du recyclage ou d’autres activités totalement ou en partie vertes.

35 ans pour s'adapter, c'est suffisant!

Contrairement à ce que disent les détracteurs de l’initiative qui en font un horrible épouvantail pour notre liberté, celle-ci nous permet de nous affranchir des énergies polluantes et d’une consommation bien trop forte de ressources et d’avoir une meilleure qualité de vie. Elle n’est pas liberticide pour l’économie car elle lui laisse le temps de s’adapter ; jusqu’en 2050, nous avons en effet près de 35 ans - le temps d’une bonne génération - pour consommer ce que la terre peut supporter de notre part. Il s’agit là aussi d’un projet de solidarité intergénérationnelle responsable qui garantira à nos enfants et petits-enfants un environnement garant de la qualité de vie et du maintien de l’activité économique et des emplois.


Denis Torche, responsable à Travail.Suisse du dossier politique environnementale

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