Isolés dans leur combat contre l’initiative de l’UDC sur le renvoi des délinquants étrangers – mais pour le contre-projet des Chambres –, les partis du centre droit vivent mal le refus d’economiesuisse de s’engager à leurs côtés. L’organisation faîtière a préféré rester prudemment à distance, jugeant que les intérêts qu’elle représente n’étaient pas suffisamment concernés pour qu’elle se mobilise.

L’argument est loin d’être imparable. On se souvient par exemple que les mêmes milieux s’étaient finalement résolus à faire entendre leur voix contre l’initiative interdisant la construction de minarets, alors que les implications prévisibles du scrutin de 2009 n’apparaissaient pas plus étroitement économiques que celles que l’on peut attendre d’une acceptation de l’initiative de l’UDC ce dimanche.

Une application rigoureuse des propositions soumises au vote populaire conduirait en effet, selon toute probabilité, à des difficultés avec Bruxelles. L’UE risque de constater, à terme, que la Suisse n’est plus en mesure de satisfaire entièrement aux obligations que lui impose l’accord sur la libre circulation des personnes. Un oui à l’initiative affaiblirait la Suisse dans ses relations avec ses partenaires européens et aurait des conséquences pour les milieux économiques qui sont, depuis longtemps, partisans de la voie bilatérale et de la libre circulation.

Dès lors, la ligne suivie par economiesuisse pour définir ses engagements dans des campagnes de votations, si elle existe, ne donne en tout cas pas l’impression d’une parfaite cohérence. L’intervention des milieux économiques n’est certes pas un gage de succès pour la cause qu’ils soutiennent. Leur refus, cette fois, de prêter main-forte aux partis du centre fait pourtant ressortir crûment le manque de ressources de ces formations. Par contraste, l’UDC dispose de moyens qui semblent ne jamais faire défaut à ses ambitions.

C’est évidemment toute la question du financement des campagnes et des partis politiques qui est posée: elle est particulièrement sensible dans un pays pratiquant la démocratie directe de manière aussi assidue. L’organisation faîtière de l’économie se trouve à cet égard, en raison de sa puissance financière, dans une position d’arbitre qui n’est confortable qu’en apparence et qui mérite pour le moins une clarification de sa part.

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