L’initiative Ecopop, un poison pour l’économie et les travailleurs

L’initiative Ecopop, qui vise à ramener l’immigration en Suisse à 0,2% de la population résidente, prétend protéger le cadre de vie et l’environnement en Suisse. Or ce n’est que de la poudre aux yeux. D’abord, l’initiative ne résout aucun problème environnemental. Ensuite, elle discrimine les migrant-e-s dépourvus de passeport à croix blanche et péjorerait les salaires et les conditions de travail de la main-d’œuvre suisse également.

L’initiative Ecopop cherche à limiter de façon radicale la population résidant de manière permanente en Suisse. Dont les titulaires de permis B et C. Seuls les frontaliers et les résidents de courte durée échapperaient à ce tour de vis. D’où une explosion à prévoir du nombre d’autorisations de séjour de courte durée, puisque les employeurs se procureraient par ce biais la main-d’œuvre étrangère requise. Une telle politique entraînerait une rapide détérioration des conditions de travail et des salaires, ainsi qu’une recrudescence des emplois précaires dans les cantons frontaliers, comme c’est par exemple le cas au Tessin ou dans l’Arc jurassien.

L’adoption de l’initiative Ecopop sonnerait le glas de la libre circulation des personnes, qui permet à tous les travailleurs, suisses ou migrants, de vivre et d’avoir un emploi dans toute l’Union européenne. Et tous les autres accords bilatéraux avec l’UE deviendraient caducs, en raison de la clause guillotine. Les retombées pour l’économie helvétique, et donc pour l’emploi local, seraient massives même si les partisans de l’initiative – comme déjà avant eux l’UDC à propos de l’initiative «Contre l’immigration de masse» – affirment le contraire.

L’UE reste de loin le principal partenaire économique de la Suisse, au niveau tant des exportations que des importations. Toute politique d’isolement serait dommageable non seulement aux grandes entreprises, mais aussi et surtout à des dizaines de milliers de PME actives dans l’industrie, les arts et métiers ainsi que les services. Dans ces conditions, les entreprises exportatrices délocaliseraient davantage à l’étranger, afin d’améliorer leur accès aux marchés européens et internationaux.

L’initiative Ecopop torpillerait les mesures d’accompagnement directement liées à la libre circulation des personnes et destinées à protéger les salaires et les conditions de travail en Suisse. Les syndicats se sont battus pendant des dizaines d’années pour de telles mesures. Elles ont pour but de garantir que le principe «à travail égal au même endroit, salaire égal» s’applique à tous les travailleurs, indépendamment de leur nationalité, et qu’il soit concrétisé en droit suisse. Or la disparition de ces mesures entraînerait une explosion du dumping salarial et social dans de nombreuses branches. Il faudrait plutôt renforcer les mesures de protection des salaires. C’est même l’unique manière d’empêcher efficacement les abus dans toutes les branches d’activité, par exemple en augmentant les contrôles des salaires et en durcissant les sanctions en cas d’infraction, ou en facilitant l’extension des conventions collectives de travail à des branches entières.

Les partisans de l’initiative Ecopop et l’UDC ne se lassent pas de répéter que les ressortissants de l’UE abusent de notre système social. Or c’est le contraire qui est vrai: la main-d’œuvre de l’UE et d’autres régions de la planète contribue dans une large mesure à la prospérité de la Suisse. Des branches entières – comme la construction, l’hôtellerie-restauration, le commerce de détail ou la santé – cesseraient de fonctionner sans leur apport. De même, l’industrie serait confrontée à une pénurie chronique de main-d’œuvre qualifiée.

En outre, les travailleurs étrangers apportent une précieuse contribution au financement des assurances sociales. Car ils versent davantage d’argent dans les caisses de l’AVS et de l’AI, sous forme de cotisations, qu’ils n’en reçoivent et n’en recevront sous forme de rentes. Chiffres à l’appui, l’adoption de l’initiative Ecopop creuserait à moyen et long terme un trou de plusieurs milliards dans les comptes de l’AVS. Les pressions en faveur d’un relèvement de l’âge de l’AVS ou d’une augmentation du taux de TVA augmenteraient massivement.

Sans résoudre le moindre problème, Ecopop ne ferait qu’aggraver la situation économique et sociale. Il s’agit d’une politique myope. Voilà pourquoi nous disons, haut et fort, non à l’initiative Ecopop. Dans l’intérêt de notre pays ainsi que des générations futures.

Coprésident du syndicat Unia

L’emploi en Suisse et les conditions de travail seraient certainement péjorés par l’initiative

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