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© LAURENT GILLIERON

Il était une fois

Ecriture inclusive: le coq ET la poule

On ne peut pas simplement s’arrêter à changer la grammaire française, odieusement prise en otage par le masculin. C’est tout un monde de symboles qui fait barrage à l’égalité des femmes et des hommes et qu’il faut bousculer, constate notre chroniqueuse Joëlle Kuntz en puisant les exemples dans le monde animalier

L’écriture inclusive a débarqué dans ma propre famille. Un garçon de 20 ans, geek, sorbonnard, anarchiste, vegan et droit comme la colonne Nelson nous a envoyé ses vœux, «à tous.tes». Je voudrais l’aider à faire un monde comme il faut, égalitaire et juste. On ne peut pas simplement s’arrêter à changer la grammaire française, odieusement prise en otage par le masculin. C’est tout un monde de symboles qui fait barrage à l’égalité des femmes et des hommes et qu’il faut bousculer.

En France, par exemple, le coq est beaucoup mieux payé en affects, en respect et en significations, que la poule. Pourquoi? On le tient pour vigilant. On l’admire pour son panache. Il serait facteur d’ordre au poulailler. Mais cet ordre-là est décidément macho. On n’en veut plus. Il importe par conséquent d’écrire, chaque fois que l’on évoque l’emblème du prestige français, «le coq et la poule». Accompagné de son efficace partenaire qui produit au moins des œufs, l’orgueilleux flemmard s’en trouvera grandi.

La même chose vaut pour le taureau d’Uri, qui ne devrait plus sortir sans la vache sur les médailles, les drapeaux ou dans les récits du canton. Le changement est d’autant plus urgent que l’un des méfaits historiques du taureau, commis pour le compte de Zeus, est le viol d’Europe, un crime considéré aujourd’hui comme lourdement punissable. Une réconciliation à l’amiable s’impose. Cadmos, le frère d’Europe, offre une solution: recherchant sa sœur disparue, il avait pris pour guide une vache.

L’aigle, exemple à suivre

Parallèlement, Schaffhouse changerait son bélier en «mouton», le terme générique des mâles et femelles de l’espèce Ovis aries. Et sur les drapeaux grisons, le bouquetin n’irait plus sans son étagne, sa compagne restée trop discrète jusqu’ici.

A part le Népal qui a pour emblème une espèce sous sa forme femelle, la vache, et l’Ecosse une espèce légendaire, la licorne, la majorité des pays sont représentés par des animaux morphologiquement identifiables comme mâles. Une révolution symbolique est nécessaire. Bonne année aux lions.nes!

Question égalité, l’aigle est un exemple à suivre. Contrairement aux coqs et poules, les mâles et les femelles aigles sont à travail égal salaire égal sous le soleil, avec un esprit de coopération remarquable: l’un lève la proie tandis que l’autre vole derrière et la tue. L’organisation a fait ses preuves, l’espèce n’a plus de prédateur, à l’admiration des Romains qui l’ont mise sur le drapeau de leurs légions, suivis par Charlemagne, les croisés et toutes les sortes d’empires jusqu’aux Américains et Napoléon. Tous ont admiré les performances de l’oiseau, mais sans retenir la méthode du succès: le libre accès de la femme et du mâle aux ressources du ciel par un pacte d’égalité. La preuve du manque d’observation des humains est que nulle part sur les étendards, armoiries et blasons impériaux ne figure l’œuvre du couple, ses œufs. Encore une façon sournoise d’écarter la femelle.

«Die fette Henne»

Peut-être les Allemands, après la Seconde Guerre mondiale, ont-ils eu l’intuition d’une erreur. L’aigle que le sculpteur expressionniste Ludwig Gies a créé pour le parlement de la République fédérale à Bonn, en 1953, a pris l’allure rondouillette d’un animal de basse-cour. Après la réunification, en 1990, la sculpture a déménagé sous la coupole du Bundestag à Berlin. Les visiteurs ne sont impressionnés que par sa bonhomie. Les députés la surnomment «la grosse poule», «die fette Henne».

Pline vantait l’aigle comme la seule créature vivante épargnée par la foudre. L’aigle allemand ayant été puni pour s’être pris lui-même pour la foudre, il s’est trouvé rabaissé au rang d’une volaille inoffensive, inutile et comique. C’est ce qui arrive aux symboles abusés.

Puissent le coq, le taureau, le lion qui ont si vertueusement protégé l’aventure du mâle humain se défatiguer de leurs épreuves historiques en partageant enfin avec leur femelle la charge symbolique de représentation de l’humanité. Bonne année à tous-tes.


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