Il était l'image même de ce que les Israéliens considèrent comme un bon Palestinien. Pour passer les implacables contrôles qui séparent Gaza de l'Etat hébreu et y conduire un autobus, il fallait être irréprochable. Alaa Khalil Abou Olba l'était, jusqu'à ce qu'il tue hier au moins huit personnes, commettant l'acte qu'Israël a ressenti le plus cruellement depuis le début de l'Intifada. Désormais, pour les Israéliens, chaque Palestinien est un ennemi. Il y a déjà quelque temps que l'inverse est également vrai.

Le geste fou de ce conducteur n'est pas seulement un nouveau drame horrible à ajouter à une liste qui semble ne jamais vouloir s'arrêter. Il sonne aussi comme la confirmation d'un échec et, peut-être, comme l'annonce d'un vrai désastre.

L'échec, d'abord, d'un Ehud Barak élu pour amener la paix et qui n'a trouvé que la guerre. De volte-face en reniement, armé de son manque de courage et de ses promesses oubliées, il n'a fait que caricaturer ce que les Palestiniens ne considèrent plus que comme une tromperie longue de plusieurs années: le processus d'Oslo. A défaut de sortie honorable, il a au moins trouvé un partenaire dans l'échec: Yasser Arafat, coupable non pas tant de ne pas avoir cru aux promesses tardives qu'on lui faisait, que d'être incapable de sortir son moignon de pays de la corruption et de la nasse d'intérêts troubles dans laquelle il l'a laissé végéter. Mauvais défenseur d'une bonne cause, il l'obscurcit mieux qu'il ne la défend.

Mais au Proche-Orient, le pire semble toujours à venir. L'arrivée du «faucon» Ariel Sharon, pas encore aux commandes mais déjà dans toutes les têtes, pourrait faire passer ces quatre mois de violence pour de simples péripéties. Dans les promesses de sécurité qu'il a faites à ses électeurs, Ariel Sharon en avait une centrale: distinguer, parmi les Palestiniens, le bon grain de l'ivraie, le paisible père de famille travailleur et le «terroriste» sanguinaire. Le drame d'hier a prouvé qu'une telle distinction est pour le moins difficile à établir. Continuer de désigner des «terroristes» risque, en augmentant le désespoir, de ne revenir qu'à en créer toujours de nouveaux, pour le grand malheur des Israéliens comme des Palestiniens.

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