Si Coca-Cola, Microsoft et McDonald's symbolisaient jusqu'alors les périls de la globalisation, on peut désormais compter avec la Compagnie des Alpes pour inquiéter les populations, en Valais tout au moins. Avec cette société française qui ne cesse d'étendre son royaume à de nouveaux domaines skiables, les montagnards craignent de perdre une authenticité et une culture qu'ils jurent avoir préservées. Les propriétaires de chalet imaginent déjà des files d'attente allongées par les touristes acheminés par les tour-opérateurs du nord de l'Europe.

Aucune de ces craintes n'a encore trouvé confirmation. Les onze stations françaises du groupe se portent bien. 200 à 320 millions de francs français sont investis chaque année sur les sites de la CDA. Le bilan est plutôt positif à ce jour, mais il n'a pas inspiré ceux des Valaisans, rejoints par quelques Genevois, qui se regroupent pour faire front aux Parisiens. Ils oublient un peu vite les délicates situations financières dans lesquelles se trouvent la plupart des stations de leur canton et la frilosité des banquiers suisses à leur égard. Ils oublient également l'arsenal administratif qui peut et doit permettre aux stations de préserver leur âme, quand elles en ont encore une. La société de remontées mécaniques, même dotée de capitaux français, n'est pas encore toute- puissante que l'on sache.

En fait, plus que de la CDA, porteuse de méthodes régénératrices souvent bienvenues, c'est du marketing dont les conservateurs devront se méfier. Car la CDA n'a pas intérêt à transformer Verbier en parc d'attractions, ni à se brouiller avec tout le Valais. Mais comme toute entreprise moderne, elle a placé le client au centre de ses préoccupations. «C'est le skieur qui rédige notre planning de travaux annuel», affirme un patron du groupe. Résultats, indices de satisfaction et critiques sont diffusés dans toute la station. Le b-a ba du marketing.

Bien sûr, les Valaisans devront veiller à ce que ce marketing n'attente pas au fragile équilibre de la montagne. Mais il leur faudra aussi comprendre qu'ils ont aussi à apprendre avec ce savoir-faire qu'ils n'ont pas toujours su cultiver jusqu'ici.

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