Outre le rejet de l'initiative «Oui à l'Europe!», l'autre événement du week-end, c'est la formidable poussée de l'UDC en Argovie, à Soleure et dans une moindre mesure à Fribourg et en Valais. En Argovie, c'est une déferlante. Dans ce canton, ventre de la Suisse, baromètre des évolutions politiques de ce pays, le parti de Christoph Blocher recueille plus de 35% des suffrages. La vague UDC n'est pas un phénomène limité dans le temps comme la Suisse en a connus dans le passé avec l'émergence de l'Alliance des Indépendants après la guerre ou des écologistes dans les années 80. La poussée s'amplifie même. De 1991 à 1999, l'UDC a gagné une centaine de sièges dans les parlements cantonaux. Elle en a remporté une nouvelle centaine depuis et 42 rien que ce week-end. Déjà premier parti du pays, l'UDC avance vers un nouveau triomphe lors de prochaines échéances fédérales.

Trois constats s'imposent dès lors: d'abord, que l'UDC participe au gouvernement ou soit franchement dans l'opposition n'a aucune influence en termes électoraux. L'UDC gagne de toute façon. Ceux qui pensaient que son maintien au Conseil fédéral freinerait sa marche triomphale voient leur espoir s'évanouir. Ensuite, cette progression est lourde de conséquences politiques. Sa victoire annoncée en 2003 devrait logiquement se traduire par un deuxième siège – blochérien celui-ci – au Conseil fédéral et à un changement de la formule magique. Enfin, le succès de ce courant populiste et conservateur va peser sur l'équilibre du pouvoir et l'appréhension des thèmes politiques dans tous les domaines. Et donc aussi sur le calendrier européen du Conseil fédéral. Un renforcement programmé de l'influence UDC au gouvernement et au parlement nous éloignera encore davantage des rivages européens. La Suisse change de cap. C'est un phare conservateur qui va guider sa route. Et l'horizon risque de se confondre avec un nouveau réduit national. Ce bonheur de comptable satisfait dans un monde globalisé semble suffire à beaucoup d'Helvètes. Ce n'est pas une raison pour s'y résigner.

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