Pour ses adversaires, il a longtemps été de bon ton de réduire l'initiative Vaud-Genève aux élucubrations de deux anciens conseillers d'Etat que l'échec électoral avait renvoyé à leurs études d'avocats. A ses débuts, il est vrai que le soutien dont ils disposaient se limitait à quelques égarés et une poignée d'arrivistes en recherche de notoriété, sur qui on devrait d'ailleurs toujours garder un œil, car les girouettes sont précisément là pour indiquer d'où vient le vent. Puis, dans les rigueurs de l'hiver, les partisans du statu quo ont encore cru un instant que l'air emprunté de Philippe Pidoux arpentant les marchés à la recherche de signatures suffirait à dissuader les Vaudois. Or, à la surprise générale, il n'en a rien été.

Chez les derniers sceptiques, s'il en reste encore désormais, la composition du comité d'initiative constitué hier pour soutenir la récolte de signatures à Genève risque de faire l'effet d'une douche froide. Là où l'on s'attendait à des personnalités de second plan il y a des figures connues et représentatives de la vie politique, sociale et économique de la Ville.

Le gouvernement genevois, sentant le risque, avait allumé un premier contre-feu en proposant la fusion de la Ville et du canton. Mais l'espoir de voir le parlement saisir la perche a été vain. Plutôt que de se lancer dans un débat qui avait pour but premier de canaliser les énergies, le Grand Conseil a allumé un incendie, en préférant renvoyer abruptement le texte sans même prendre le temps de l'examiner. C'était la pire des erreurs, car elle n'a fait que jeter dans les bras de l'Union Vaud-Genève ceux qui, sans être d'accord pour autant avec la fusion des deux cantons, considèrent qu'une discussion institutionnelle est maintenant prioritaire. Et il est pour le moins cocasse de relever que ce sont les plus vifs opposants à l'Union Vaud-Genève qui, en donnant le coup de pied de l'âne au projet gouvernemental, ont fait le lit de leurs adversaires.

S'ils veulent survivre à une démarche qui demande leur disparition, le gouvernement et le parlement genevois devraient s'activer, et directement passer à la rédaction d'un contre-projet capable de rivaliser avec le texte proposé. Car avec les réseaux dont elle dispose désormais, l'initiative a un avenir connu: elle réunira les signatures qui lui sont

nécessaires.

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