La fonte du «Oui à l'Europe!» dans les sondages atteint une cote d'alerte. L'espèce d'euphorie qui, en début de campagne, a accompagné le progrès de l'initiative dans des cercles a priori sceptiques, sinon hostiles, comme les démocrates-chrétiens, a élevé le seuil à partir duquel on considérerait le résultat comme un succès de la cause européenne. Il semble qu'on soit désormais loin de cette barre des 40% grossièrement posée comme l'obstacle à passer. Avec la perspective d'un non des Romands, il se pourrait même qu'on aille, pour la cause européenne, au désastre.

Car il ne faut pas se leurrer. Au lendemain du 4 mars, le non à l'initiative sera devenu un non à l'Europe. C'est ainsi que l'étranger le comprendra. C'est ainsi que les europhobes, en Suisse, le récupéreront. Le piège du «non raisonnable» se sera alors refermé: en disant que le temps n'est pas venu, le Conseil fédéral aura popularisé l'idée selon laquelle il y aura toujours, dans le futur, un meilleur moment pour commencer les discussions. Cela fait quarante ans qu'on entend ce discours. Rien n'empêche qu'on l'entende quarante ans de plus: il y a toujours une majorité prête à différer les tâches difficiles.

On dira que le gouvernement a promis l'ouverture des négociations avant la fin de la prochaine législature. Mais tant de choses, d'ici là, peuvent se produire! Une avancée de l'UDC aux élections, la moindre crise intereuropéenne, une faiblesse de l'euro face au dollar… ou simplement une tension croissante dans les relations avec l'UE.

La publication du rapport des parlementaires français sur le blanchiment d'argent en Suisse, quelle qu'en soit la légitimité, montre bien d'où souffle le vent. On voit par quels mécanismes et au nom de quels intérêts le secret bancaire va demain prendre la place qu'ont occupée hier les fonds en déshérence.

Ce n'est qu'un exemple. Il y en aura d'autres. L'isolement, avec les mois, rendra la position de la Suisse toujours moins compréhensible, et l'attitude de l'Union européenne moins compréhensive. Les opposants de toujours à l'adhésion, alors, se féliciteront du temps passé, du temps perdu.

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